© INTERNEUn véritable effet de dominos… Vendredi, le ministère des Affaires sociales a annoncé que l'Allocation spécifique de solidarité (ASS) serait limitée à deux ans à partir du 1er janvier 2004. Jusqu'à présent elle n'était pas limitée dans le temps mais réévaluée tous les six mois en fonction de la situation des bénéficiaires. Cette allocation de 406,80 euros par mois concerne les chômeurs qui n'ont plus droit à des indemnités chômage mais qui peuvent justifier de 5 années de travail sur les dix dernières années. Pour les plus de 55 ans qui ont travaillé pendant au moins 20 ans, l'ASS atteint près de 577 euros. Or, le gouvernement a également décidé de supprimer cette majoration pour les chômeurs âgés.
"Déjà 600 euros pour vivre en région parisienne, ce n'était pas beaucoup, avec 406 euros, ça va être la misère stricto sensu", s'enflamme Alain, 55 ans, bénéficiaire de l'ASS depuis un an. Depuis le début de la matinée, ce militant à "Agir contre le chômage" ne cesse de répondre au téléphone et d'expliquer la situation aux personnes concernées et inquiètes. Fin juillet 2003, 420 000 personnes percevaient l'ASS et 130 000 d'entre elles vont être touchées par ces nouvelles règles.
Action préventive
En prenant cette décision, le gouvernement compte faire des économies : 150 millions d'euros en 2004 et 500 millions l'année suivante. Mais surtout, il prend les devants. En effet, avec la réduction de la durée d'indemnisation du chômage décidée à la fin 2002, ce sont pas moins de 180 000 personnes qui vont disparaître des fichiers de l'assurance-chômage… et pour une partie d'entre elles, rejoindre les rangs de l'ASS.
Revenons au mois de décembre 2002. Les partenaires sociaux se réunissent au chevet de l'Unedic. Contrairement aux prévisions optimistes réalisées au moment du lancement du Pare (plan d'aide au retour à l'emploi) en juillet 2001, l'Unedic est face à un déficit abyssale. Patronat et syndicats n'ont pas voulu revenir sur la non dégressivité des allocations. Ils décident donc de réduire la durée de l'indemnisation. Alors que la durée maximale était de 30 mois, elle est ramenée à 23 mois (pour ceux qui ont travaillé au moins 14 mois au cours des deux dernières années) et à 7 mois pour ceux qui justifient de 6 mois de travail au cours des 22 derniers mois...
Dès janvier 2003, l'Unedic envoie un courrier aux 2,1 millions bénéficiaires de l'assurance-chômage. "Mais nous n'avons pas voulu être alarmiste et le courrier du 7 janvier indiquait seulement que si la personne n'avait pas retrouvé de travail avant la fin de l'année, ses droits seraient réexaminés", explique-t-on à l'Unedic. Mais on ne parle pas encore de baisse. Les courriers reçus à la rentrée sont plus douloureux. Mathieu pensait pouvoir compter sur ses indemnités jusqu'à fin août 2004. Une lettre l'avertit qu'elles prendront fin en janvier. "Je trouve la démarche un peu cavalière, estime cet ancien consultant de 32 ans. On m'avait présenté le Pare comme un engagement bilatéral et en cours de route on revient sur les termes du contrat". S'il ne retrouve pas d'emploi avant la date fatidique, Mathieu acceptera des "boulots alimentaires, comme on en a tous fait quand on était étudiant".
Plus de Rmistes
Même inquiétude pour Cindy 25 ans et au chômage depuis deux ans. Licenciée d'un poste dans les ressources humaines fin 2001, la jeune fille a voulu profiter du Pare pour entamer une reconversion. Pendant un an, elle suit une formation en communication et se retrouve véritablement sur le marché de l'emploi au 1er janvier 2003. Jusqu'à présent, sans succès. Elle devait percevoir ses indemnités chômage jusqu'à fin mars 2004 mais avec le nouveau dispositif, elles prendront fin en décembre 2003. "Evidemment, j'ai un peu plus la pression mais je ne critique pas la mesure. Dans mon cas, j'aurais bénéficié deux ans de 75% de mon salaire net précédent (54% du salaire brut) sans degressivité : c'est assez confortable", estime cette jeune parisienne. "Si je ne trouve rien, ce sera le RMI mais je ne préfère pas y penser, ça me déprime".
Et pourtant, les rangs des Rmistes pourraient grossir dans les prochains mois avec l'arrivée des chômeurs en fin de droit ne passant pas par la case ASS et des anciens bénéficiaires de la fameuse ASS, exclus par les nouvelles règles édictées par le gouvernement. En attendant le RMA (revenu minimum d'activité), projet cher au ministre des Affaires sociales, François Fillon.
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