Le déficit français fait vaciller l'équilibre européen

Par , le 10 septembre 2003 à 17h27 , mis à jour le 11 septembre 2003 à 16h02

Tout geste de clémence envers la France dont le déficit dépasse largement les critères fixés par le Pacte de stabilité risque d'être mal ressenti par ses voisins européens.

drapeau europeen © INTERNE

Une règle ne vaut que si elle s'applique de la même façon pour tous, sinon, on parle de favoritisme. Or aujourd'hui, les deux principales économies de la zone euro dépassent allègrement les limites hautes de maîtrise des déficits définies par le Pacte de stabilité. Selon ces sacro-saintes règles, l'inflation ne doit pas dépasser les 3%, le déficit public 3% du PIB (produit intérieur brut) et la dette de l'Etat 60% du PIB. La France et l'Allemagne ne respecteront ni l'une ni l'autre le deuxième critère en 2003 et sans doute pas plus en 2004. Le secrétaire d'Etat français au budget, Alain Lambert, a déclaré cette semaine que le retour à un déficit public inférieur à 3% ne se ferait… qu'en 2006. Cette année, il devrait atteindre 4%. Du point de vue des pays européens, comme le Portugal, qui, au prix d'énormes efforts, ont réussi à revenir "dans le droit chemin", cette attitude quelque peu désinvolte est d'autant plus mal ressentie.

Mercredi pourtant, le porte-parole de la Commission européenne, garante du Pacte de stabilité, a déclaré que ce dernier présentait une marge de manœuvre suffisante pour que la situation économique actuelle puisse être gérée. Gerassimos Thomas a cependant ajouté que les règles du Pacte devraient être appliquées et que la Commission y veillerait.

Romando Prodi, le président de la Commission, a pour sa part été plus ferme : il  "a exprimé sa préoccupation sur le prochain budget français" et exprimé "son souhait" qu'une "solution" au dérapage "soit trouvée à l'intérieur des règles du traité européen et du pacte de stabilité". Réponse de Jean-Pierre Raffarin : la "France fera preuve de toute sa détermination pour atteindre le plus rapidement possible les objectifs du pacte de stabilité".

Sanctions

Selon l'agence Reuters, la Commission européenne pourrait utiliser le flou entourant certaines dispositions du pacte de stabilité pour permettre à la France d'échapper aux sanctions prévues en cas de dépassement répété des limites de déficit budgétaire. Mais en échange, elle exigera des concessions. A Bruxelles, on souligne que le message a été transmis à Paris et que la préparation du budget 2004 est surveillée.

Ce début de clémence a déjà provoqué l'inquiétude du président de la Banque centrale européenne. Wim Duisenberg, qui sera bientôt remplacé par le français Jean-Claude Trichet, a déclaré qu'il observait "les récentes évolutions budgétaires et les débats autour du Pacte de stabilité et de croissance avec grande inquiétude". Au Portugal, des voix s'élèvent. A quoi bon "maintenir une politique désastreuse pour la croissance économique, seulement parce qu'une règle a été fixée une fois pour toutes". Les Pays-Bas en revanche, de même que l'Espagne et l'Autriche, demandent que des sanctions soient prises contre Paris et Berlin. Une entorse à la règle et l'édifice tremble.

Par Sophie Lutrand le 10 septembre 2003 à 17:27
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