© INTERNEParce que le jambon de Parme" ne peut être qu'italien, le Champagne français, la feta grecque, l'Union européenne a décidé de défendre les fleurons de sa gastronomie. En marge de la bataille sur la libéralisation des échanges mondiaux, l'UE veut profiter de la conférence ministérielle de l'OMC qui débute mercredi à Cancun au Mexique pour assurer la protection globale des "indications géographiques". C'est le commissaire européen au Commerce, Pascal Lamy, qui conduira les négociations au nom des Quinze jusqu'à dimanche avec son homologue à l'Agriculture, Franz Fischler.
Les Etats-Unis et d'autres poids lourds mondiaux de l'agro-alimentaire comme le Canada, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, sont opposés à une protection quelconque de ces produits. Pour ces derniers, "appellation d'origine" rime avec entrave au commerce.
Thé indien
Les Européens cherchent cependant à rallier d'autres pays à leur cause comme l'Inde, la Thaïlande ou certains producteurs africains ou latino-américains susceptibles d'y trouver leur intérêt. "Le respect des indications géographiques n'est pas un cheval de bataille purement européen. C'est très important par exemple pour les producteurs de café du Guatemala ou d'Antigua, pour le thé "darjeeling" d'Inde ou le riz au jasmin thaïlandais", souligne-t-on dans l'entourage de Pascal Lamy.
Parvenir à protéger ces produits si emblématiques de la gastronomie du Vieux continent est d'autant plus important pour la délégation européenne que celle-ci a promis aux agriculteurs que la réforme de la Politique agricole commune (PAC) servirait à promouvoir une agriculture de qualité.
L'ouzo y est
L'Union européenne a arrêté une liste définitive de 41 appellations de produits agricoles devenues quasi génériques, dont elle veut récupérer l'usage exclusif. Au final, la liste européenne comprend 22 appellations de vins, alcools ou spiritueux, dont sept pour la "grappa" italienne, et 19 pour d'autres produits agricoles ou alimentaires. L'ouzo (alcool anisé) grec a été intégré, de même que le "Liebfraumilch" (vin blanc allemand) et le cru bordelais de Saint-Emilion. "L'azafran de la Mancha" (safran) a également été ajouté.
Evidemment, l'agriculture ne sera pas l'unique sujet de négociations : les 146 pays présents à Cancun auront à coeur d'essayer de faire baisser les prix de douanes, et notamment les pays en développement, d'aborder la question de la libéralisation des services, celle des litiges et des sanctions envers les pays qui ne respectent pas les règles... Mais le coeur du débat concernera toutefois l'agriculture. En fonction de la réponse des deux grands, Union européenne et Etats-Unis, les autres pays pourraient se montrer plus conciliants sur le reste des sujets. A Doha, les pays développés ont accepté de réduire "toutes les formes de subventions à l'exportation en vue de leur retrait progressif". Mais les pays pauvres accusent les pays riches de renier leurs engagements. Mi-août, les Etats-Unis et l'UE ont simplement proposé d'éliminer progressivement les subventions aux exportations sur des produits cruciaux pour les économies en développement, et de réduire les autres. De leur côté, 20 pays en développement (G20), dont l'Inde, le Brésil et la Chine, ont exigé la disparition totale de ces subventions et en ont fait une question de principe. |
Illustration : Johannes Prieto
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