© INTERNELa cinquième conférence interministérielle de l'OMC à Cancun au Mexique a été "un échec pour tous", selon l'expression de Pascal Lamy, commissaire européen chargé du commerce. Mais pourtant, certains se réjouissent. Les altermondialistes tout d'abord, qui refusent la conception libérale et financière des échanges internationaux de l'OMC. Ces derniers ont profité de l'échec de Cancun pour demander une refonte totale des échanges : "Cet échec est pour nous salutaire. Il représente le point de départ d'une nouvelle réflexion sur les relations internationales", a estimé le leader de la Confédération paysanne, José Bové. L'organisation écologique Greenpeace s'est elle emparé de l'occasion pour demander "aux gouvernements de réunir au plus vite une conférence internationale ayant pour mandat d'établir les bases pour la création d'un système commercial différent".
Au rang des satisfaits, on trouve également les agriculteurs européens et notamment français qui estiment que "mieux vaut pas d'accord qu'un mauvais accord". Ces derniers avaient effectivement beaucoup à perdre. L'agriculture et surtout les subventions accordées aux agriculteurs européens et américains étaient au cœur des débats. Les Etats-Unis et l'Europe s'étaient engagés à supprimer une partie de ces aides et à réduire les autres. Aujourd'hui, plus rien ne presse.
L'OMC malade
Au lendemain du sommet de Cancun, beaucoup présentent les pays pauvres ou en voie de développement comme les grands gagnants de l'échec des négociations. Sur la forme oui puisque pour la première fois, ils ont réussi à se coordonner et à faire barrage aux deux mastodontes du commerce international. Ce n'est pas un seul pays qui a bloqué l'adoption d'un texte de consensus mais vingt-et-un pays en développement. Ce "groupe des 21", emmenés par des puissances émergentes telles que l'Inde, le Brésil ou la Chine, a également reçu le soutien de 90 autres pays pauvres, essentiellement africains.
Mais sur le fond, ces pays sont plus que perdants. Si L'Europe et les Etats-Unis sont assez puissants pour négocier ce que l'on appelle des accords commerciaux bilatéraux en se passant des services de l'OMC, les pays pauvres eux n'ont pas cette lattitude.
L'accord sur les médicaments moribond ?
L'autre grand perdant de l'issue stérile de ce sommet, c'est l'OMC elle-même. Critiquée depuis sa création en 1995, l'organisation mondiale du commerce essuie son deuxième échec. A Seattle déjà, aucun texte n'avait vu le jour. Cette fois-ci, l'absence de résultat à Cancun rend quasiment impossible de parvenir à achever les négociations d'ici fin 2004 comme prévu. La conférence ministérielle de l'OMC a décidé dimanche la convocation au plus tard le 15 décembre d'une réunion du conseil général pour prendre les mesures permettant de conclure le cycle "de manière positive et dans les délais". Le cycle de négociations commerciales entamé à Doha en 2001 "n'est pas mort, mais il nécessite assurément des soins intensifs", a déclaré Pascal Lamy.
Plus grave et plus immédiat, l'accord sur les médicaments qui avait été péniblement conclu juste avant la réunion de Cancun et après des mois de négociations, n'a pu être ratifié par l'ensemble des pays membres de l'OMC. Sa mise en application pourrait donc être remise en question. Si l'on considère que cet accord était primordial pour les millions d'Africains atteints de maladies mortelles, l'échec des négociations n'est sans doute pas "leur" victoire.
Photo : des manifestants coréens fêtaient dimanche l'échec des négociations de l'OMC à Cancun au Mexique
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