Les jeunes et l'argent, une équation impossible ?

Par , le 07 octobre 2003 à 07h00 , mis à jour le 08 octobre 2003 à 16h03

Plusieurs associations de consommateurs lancent aujourd'hui une campagne afin d'aider les jeunes à mieux gérer leur budget. Tf1.fr a recueilli le témoignage d'étudiants, jeunes demandeurs d'emploi mais aussi de parents.

téléphone mobile portable France Télécom jeunes adolescents ados (PF Grosjean) © INTERNE

Cinq associations de consommateurs, Familles rurales, Cnafal, CSF, Ufes et Unaf, lancent aujourd'hui une campagne à destination des 16-25 ans sur "Gérer son budget sans déraper". 50.000 guides seront à la disposition des jeunes intéressés. A l'origine de cette initiative, un constat : "de plus en plus de jeunes font des emprunts pour financer leurs études, l'achat d'un scooter ou d'un ordinateur", constate Jean-Pierre Peinoit, conseiller technique à Familles rurales. "Or dans le dernier rapport de la Banque de France, 5% des cas de faillites civiles concernaient des personnes de moins de 25 ans". Une situation tout à fait inédite. Jean-Pierre Peinoit regrette que "l'éducation à la consommation" ne fasse pas partie de l'enseignement général.

Les guides qui seront distribués aux jeunes sont composés de fiches techniques sur les budgets "téléphone portable", "achat d'ordinateur", "forfait internet", "maîtriser la facture d'électricité", "le logement", "les transports"… Quelques clés pour apprendre aux 16-25 ans à mieux gérer leur budget. Coût de l'opération soutenue par le secrétariat d'Etat aux petites et moyennes entreprises et au Commerce : 90 000 euros.

Voici quelques témoignages d'étudiant, demandeur d'emploi ou parents sur "les jeunes et leur budget".

"Les factures, c'est maman", Tristan, 19 ans, étudiant à Paris en publicité

"Jusqu'à présent, j'habitais chez mes parents à Caen mais je commence une école de publicité et je viens d'emménager à Paris. Mes parents paient mon loyer (450 euros), ma carte orange (50 euros), les factures d'électricité et de gaz. Ils paient aussi les droits d'inscription à mon école qui sont d'environ 500 euros par mois, enfin je crois. J'ai également un forfait de téléphone portable de 4 heures qui est directement débité sur le compte de ma mère… mais je ne suis pas spécialement un exploseur de forfait. En plus de ça, ma mère me donne 300 euros par mois pour les courses de nourriture et surtout pour les sorties, cinéma, soirées entre copains… En septembre, j'ai travaillé dans une banque. J'ai gagné 1175 euros mais c'est plutôt de l'argent que je vais mettre de côté. Pour le moment, je n'ai jamais été à découvert. "

"J'ai demandé à mon père de me couper les vivres", Sylvain, 24 ans, photographe à la recherche d'un emploi, Paris

"Je suis diplômé des arts déco depuis le mois de juin. Mes parents ont financé mes études mais depuis le mois de septembre, je leur ai demandé de me couper les vivres. C'est une façon pour moi de rompre avec le cocon familial, d'être indépendant. C'est aussi une motivation supplémentaire pour me bouger. A l'école, surtout dans le domaine artistique, on a de grandes idées. Là, je découvre le monde du travail dans toute sa réalité. Pour le moment, je fais un stage non rémunéré dans un studio photo comme assistant plateau. D'habitude, cela dure un mois et les agences décident ou non de nous garder. Mais là, je ne pouvais pas me permettre de ne pas gagner d'argent pendant un mois. Je fais donc 15 jours de stage mais je prend le risque qu'ils ne me gardent pas. Et à vrai dire, même s'ils me gardent, ce n'est pas forcément ce dont je rêvais. C'est un peu le risque quand on a besoin d'argent. Avec les petits boulots que j'ai fait, j'ai de quoi vivre deux mois. Après…., après, il faudra vraiment que je trouve. Surtout que je viens de m'installer avec ma copine et qu'il faut que je paye ma part de loyer."


 

"L'argent ne tombe pas du ciel", Béatrice, 50 ans, mère de deux adolescentes, Bruxelles

"Nous avons deux filles, Cécile, 18 ans, étudiante en droit à Lille et Audrey, 16 ans, qui habite chez nous à Bruxelles. L'aînée a un budget. Nous lui payons sa chambre d'étudiante (350 euros) et nous lui donnons 250 euros par mois en plus. Avec cet argent, elle doit payer ses factures, téléphone, électricité, les repas au resto U et ses vêtements. En revanche, c'est nous qui payons directement se études (300 euros par mois). Ca se passe très bien, elle est raisonnable et responsable. Cette année, elle a décidé de travailler deux soirs par semaine comme serveuse dans une pizzeria.

Avec la plus jeune en revanche, c'est plus difficile. Elle est plus dépensière et elle ne court pas après les petits boulots. Nous avons dû sévir un peu. Comme elle habite chez nous, elle n'a pas beaucoup de dépenses. Nous lui donnons 40 euros par mois. Ca passe essentiellement dans les cartes de téléphone ! Autour d'elle, ses camarades ont parfois jusqu'à 150 euros par mois d'argent de poche ! Pour nous, il est important qu'elle apprenne à contrôler ses dépenses. Il faut qu'elle comprenne que l'argent ne tombe pas du ciel même si nous vivons très bien".

Par Sophie Lutrand le 07 octobre 2003 à 07:00
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