Au bureau, le psy au bout du fil

Par , le 06 novembre 2003 à 18h10 , mis à jour le 07 novembre 2003 à 22h14

Restructurations, harcèlement, course à la productivité… autant de sources de stress dans les entreprises. Certaines commencent à se soucier de l'équilibre de leurs salariés et leur offrent la possibilité de se confier à des psychologues.

Johannes Prieto (DR) © INTERNE

Un incendie dans le Var ? Les vacanciers sont pris en charge par une cellule de soutien psychologique. Le centre social de Villeurbanne saccagé ? Des psychologues sont immédiatement dépêchés sur place…. Le recours à une aide psychologique est devenu quasiment systématique. Dernier bastion à avoir résisté : l'entreprise.

Mais depuis quelques mois, certaines sociétés commencent à faire appel à des cabinets spécialisés dans l'assistance psychologique. Ce phénomène, encore balbutiant en France, est né Outre-Atlantique, au Canada. "Là-bas, le réflexe psy est naturel. En France, encore récemment, quand on allait chez un psy c'est qu'on était fou", explique Jean-Marie Gobby, directeur général de Psya, société d'assistance psychologique par téléphone à Paris. Psya, qui emploie une dizaine de psychologues cliniciens, a fait ses débuts, timides, en France en 1997.

Après un suicide

En donnant une existence juridique au harcèlement moral en 2002, la loi de modernisation sociale a contribué à changer les esprits. Elle a en quelque sorte obligé les entreprises à se saisir du problème puisqu'elles sont désormais tenues responsables. Par ailleurs, les entreprises prennent de plus en plus conscience du coût de l'absentéisme. Or, "50% des arrêts maladie sont liés à des raisons psychologiques", affirme Jean-Hubert de Kersabiec, directeur général de Solareh, filiale française d'une société canadienne spécialisée dans le soutien psychologique.

"Le mois dernier, nos psychologues sont intervenus sur deux situations de crise : un suicide dans une entreprise Internet et un accident mortel du travail dans une usine du sud de la France", rapporte Emmanuel Charlot, directeur commercial de Psya. Dans ces cas, il s'agit de faire parler les collègues et de surmonter l'événement. De son côté, la RATP a mis en place début 1999 un Institut d'accompagnement psychologique post-traumatique (IAPR). Une quarantaine de psychologues répondent aux appels du personnel. "En 2002, nous avons eu près de 800 appels, la moitié suite à des agressions physiques ou verbales mais aussi pour des problèmes plus personnels", constate Christian Lacroix, responsable de l'IAPR. Depuis, la structure ne fait plus partie de la RATP. "Les agents préféraient être écoutés par des personnes externes à l'entreprise et sans aucun lien avec la hiérarchie", explique-t-il.

Se "sentir écoutés"

Les OGF, un des principaux acteurs de pompes funèbres en France, offrent depuis le début de l'année, un service d'écoute psychologique à tous leurs salariés : "Ils font un travail difficile : l'organisation d'obsèques bien sûr mais aussi l'intervention sur des lieux de catastrophes. Nos équipes ont travaillé sur l'accident du Concorde et l'explosion d'AZF", explique Didier Hasselmann, directeur marketing et Prévoyance des OGF. Les familles de victimes et même les pompiers présents sur les lieux étaient pris en charge par des cellules psychologiques. Mais rien pour les personnes des pompes funèbres. "Aujourd'hui, ils ont la possibilité de joindre un psychologue de façon anonyme. C'est bien qu'ils puissent se confier", estime Didier Hasselmann.

"Si un malaise existe au sein de l'entreprise, il est d'abord le fait d'une mauvaise organisation et l'entreprise doit prendre ses responsabilités",
responsable RH.
 

Mais l'assistance psychologique prend également des formes moins "dramatiques". A la Macsf, un assureur mutualiste, les services d'écoute téléphonique font partie d'un panel d'outils dont disposent les salariés dans le cadre de la gestion du stress. "Avec l'application des 35 heures, ils doivent être plus efficaces. Mais je ne peux pas leur demander de travailler mieux, de garder le sourire et d'être aimables avec les assurés s'ils n'ont pas le sentiment d'être écoutés", analyse Joël Poirat, responsable des ressources humaines à la Macsf.

Etre écouté en temps normal mais aussi en période de changement. Le Sneca, syndicat d'encadrement du Crédit agricole, offre ce service à ses adhérents depuis le début de l'année. "La fusion du Lyonnais et du Crédit agricole aura un impact social, c'est certain. Tout changement est un traumatisme en soi", estime Michel Fournier, président du syndicat Sneca. Mais attention, "si un malaise existe au sein de l'entreprise, il est d'abord le fait d'une mauvaise organisation et l'entreprise doit prendre ses responsabilités", estime Mélanie Ellie, chargé d'études chez Entreprises et Personnel, cabinet spécialisé en ressources humaines. "Faire appel à des psys, c'est très bien mais l'entreprise ne doit pas démissionner pour autant".

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Par Sophie Lutrand le 06 novembre 2003 à 18:10
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