© INTERNEtf1.fr : Les entreprises semblent commencer à se soucier du bien-être psychologique de leurs employés, est-ce un phénomène nouveau ?
Mélanie Ellie (chargée d'études à Entreprise et Personnel*) : La loi de modernisation sociale, adoptée début 2002, oblige en effet les entreprises à s'occuper de la santé morale des salariés. Avec la reconnaissance du harcèlement moral et de la responsabilité de l'entreprise, il ne s'agit plus seulement d'une obligation de moyens mais aussi de résultats. Tout comme pour l'amiante, les entreprises doivent pouvoir prouver qu'elles font tout pour éviter les situations de harcèlement sinon il s'agit d'une "faute inexcusable".
tf1.fr : Quels types de solutions les entreprises peuvent-elles mettre en œuvre ?
M.E : Certaines mettent en place des audits internes pour déterminer des situations de harcèlement moral. En réalité, il y a peu de "vrais harceleurs". En revanche, des systèmes poussent à manager par le stress. D'autres entreprises ont recours à des sensibilisations ou formations concernant le harcèlement. Le théâtre est souvent utilisé. Certaines ont mis en place des "comités de surveillance". Composés de psychologues, juristes, représentants des ressources humaines, membres du CHSCT et éventuellement de délégués syndicaux, ils sont activés en cas de suspicion de harcèlement. D'autres encore ont créé des observatoires du stress. Certaines, mais peu encore, font appel à des services d'écoutes téléphoniques avec des psychologues.
tf1.fr : Que pensez-vous de ce recours à des psychologues pour permettre aux salariés de parler de leurs problèmes ?
M.E : C'est bien mais c'est une façon d'externaliser tout de suite le problème. Quand il y a un malaise au travail, c'est bien d'en parler à un interlocuteur de l'entreprise. Le psychologue risque de devenir un acteur important de l'entreprise mais il ne faut pas que cela implique une démission de l'entreprise. Il ne suffit pas que cette dernière se donne un "vernis social", elle doit se poser les bonnes questions et actionner les leviers traditionnels.
tf1.fr : Le travail facteur de bien-être, de bonheur et d'épanouissement… ces thèmes sont très présents aujourd'hui. Est-ce un effet de mode ?
M.E : Certes mais c'est aussi une tendance de fond. On mélange aujourd'hui vie privée et vie professionnelle et dans les deux, la finalité est le bien-être. On a connu récemment le management par la motivation. Or, on s'est aperçu qu'un salarié motivé n'est pas forcément plus efficace. Des salariés heureux ne seront pas plus efficaces mais s'ils ne le sont pas, leur travail s'en ressentira. La finalité de l'entreprise n'est pas le bien-être de ses salariés. En revanche, une mauvaise ambiance, des conflits, créent du chaos, de l'agressivité et de l'absentéisme : donc un coût pour l'entreprise.
*Entreprise et Personnel est un cabinet spécialisé dans les ressources humaines.
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