© INTERNEtf1.fr : Selon votre étude**, les Français passent de plus en plus de temps chez eux. Sont-ils plus casaniers que leurs voisins européens ?
Gérard Mermet* : Ils passent en effet en moyenne pas loin de 18 heures par jour dans leur logement ce qui laisse peu de place pour les autres activités. C'est un peu plus qu la moyenne européenne. Cela s'explique par une mentalité peut-être un peu plus casanière mais aussi par des raisons plus objectives : réduction du temps de travail, allongement de la durée de vie, départ en retraite plus tôt… La durée moyenne de la retraite a doublé en 50 ans.
tf1.fr : Pour vous, les home cinéma, lecteur de DVD, internet, sont autant d'incitations à ne plus sortir de chez soi. Les ménages les plus équipés ne sont-ils pas aussi les plus grands consommateurs de biens culturels ?
G.M : Oui mais, à terme, ils auront sans doute de moins en moins de raison d'aller au cinéma ou au théâtre. Les activités d'extérieures entrent à l'intérieur du foyer. On passe de plus en plus de temps sur internet, sans toutefois en passer moins devant la télé. C'est donc du temps pris sur les activités extérieures.
tf1.fr : Pourquoi y a-t-il moins de propriétaires en France que dans les pays voisins ?
G.M : Les Français sont légèrement en dessous de la moyenne européenne avec 62,5% de propriétaires. Ils sont 85% en Espagne mais seulement 43% en Allemagne. Les conditions économiques n'étaient guère favorables dans les années 90 mais depuis deux ou trois ans, le désir de devenir propriétaire fait son retour. Les taux d'intérêt sont plus bas et le chômage a reculé à la fin des années 90. L'envie de devenir propriétaire ne dépend pas de la conjoncure mais le passage à l'acte oui.
tf1.fr : Vous notez que les logements sont plus grands mais habités par moins de personnes.
G.M : C'est un effet démographique. Le nombre de ménages augmente plus vite que la population : un ménage était composé de 2,9 personnes en France dans les années 70. Il n'est plus que de 2,4 personnes en 2002. C'est la conséquence d'un plus grand nombre de ménages célibataires, de veufs ou divorcés. Parallèlement, la surface moyenne des logements augmente : de 72 m² en 1973, elle est de 90m² en 2002. Chaque individu a donc beaucoup plus de place pour lui seul.
tf1.fr : On les dit mobiles, pourtant les Français déménagent beaucoup moins qu'avant.
G.M : C'est vrai la durée moyenne dans un même logement était de 14 ans en 1999 contre 12 ans en 1984. Cela n'empêche pas d'autre forme de mobilité. Mais déménager n'est pas facile : c'est un risque professionnel et familial que les personnes hésitent à prendre.
tf1.fr : Comment se traduisent toutes ces évolutions en terme d'achats ?
G.M : Les dépenses liées au logement sont le premier poste de dépenses des Français comme je l'ai dit. L'acquisition d'un logement ou sa location coûte de plus en plus cher. Les Français se tournent davantage ces dernières années vers l'ancien, moins cher que le récent.
En revanche, les dépenses pour les charges (eau, gaz), le mobilier ou l'électroménager sont en baisse continue grâce notamment à l'émergence de magasins comme Ikea, Habitat ou Conforama. Toutefois, nous avons identifié pas moins de 600 revues spécialisées dans l'immobilier, la décoration, le bricolage. Cette tendance montre que, comme les gens passent plus de temps chez eux, ils ont besoin de conseils pour faire eux-mêmes des choses qu'ils auraient auparavant fait faire par des professionnels. On a plus de temps, mais pas plus de pouvoir d'achat.
* Gérard Mermet est socilogue et auteur de Francoscopie 2003
** Etude réalisée pour Promo Expo Conseil, société organisatrice du Salon de l'immobilier qui se tiendra du 25 au 28 mars mars à la Porte Maillot à Paris
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