Le paradoxe indien

Par , le 15 janvier 2004 à 15h28 , mis à jour le 15 janvier 2004 à 22h14

Accueilli trois années de suite au Brésil, le forum social mondial ouvre aujourd'hui ses portes à Bombay en Inde et jusqu'à mercredi. Ce pays, autrefois figure de proue des non-alignés, entretient une relation ambiguë avec la mondialisation.

Inde Forum social Bombay mondialisation © INTERNE

"Il est possible de tirer parti de la mondialisation en la maîtrisant", affirme un rapport de la mission d'information parlementaire française sur la mondialisation. Cette mission, présidée par Edouard Balladur, a rendu son rapport à la veille de l'ouverture de la quatrième édition du Forum social mondial. Et l'Inde, qui accueille le forum à Bombay jusqu'au 21, semble donner raison à la conclusion des députés français.

Au bord du gouffre au début des années 90 après des décennies d'économie planifiée, l'Inde a enregistré une croissance de 7% en 2003 et table sur 9% pour 2004. L'ex porte-parole des pays non -alignés pendant la guerre froide a renoncé à ses idéologies marxistes en 1991 pour s'engager, sans précipitation, sur la voie du libéralisme. Il s'agissait à l'époque de pouvoir bénéficier de l'aide du Fonds monétaire international (FMI), 10 milliards de dollars en échange d'un plan de réformes structurelles.

Intouchables

Depuis, l'Inde s'est distinguée dans de nombreux domaines et notamment celui des nouvelles technologies. Ses informaticiens sont renommés dans le monde entier. Et même si elle n'en est pas encore au niveau de la Chine, l'Inde commence à accueillir sur son territoire des filiales de multinationales venues chercher des compétences à moindre prix. C'est le cas des "call center" dont l'Inde s'est fait une spécialité : une grande partie de la population parle anglais couramment et le coût de la main d'œuvre est bien moins élevé que dans les pays industrialisés. En cela, l'Inde sait parfaitement tirer parti de la mondialisation et de sa déréglementation.

Le pays gouverné par Atal Bihari Vajpayee est membre du G22, groupe de pays en développement constitué lors du dernier sommer de l'OMC. Cette association, qui compte dans ses rangs le Brésil, la Chine et l'Afrique du sud, milite contre les subventions agricoles européennes et américaines. Ces dernières les empêchent de pénétrer le marché mondial. En cela, l'Inde rejoint les arguments des alter mondialistes qui prêchent un plus grand partage des richesses.

C'est un pays bien plus complexe que le Brésil que découvriront dès aujourd'hui les 76 000 participants au Forum social. Les castes, qui continuent à régir la société indienne, y seront d'ailleurs évoqué. Environ 140 millions d'Indiens sont encore considérés comme des "dalits" ou "intouchables".

La "délégation française" à Bombay

La présence de politiques français, déjà moins importante lors du dernier Forum de Porto Alegre en 2003, pâtira cette année des élections régionales en mars.
Côté gouvernement, les secrétaires d'Etat Tokia Saïfi (Développement durable) et Nicole Ameline (Parité et Egalité professionnelle) feront le voyage.
L'UMP envoie comme d'habitude le sénateur Serge Lepeltier. 
Le PS sera représenté par Harlem Désir, député européen.
Le Parti communiste français (PCF) dépêche Fabienne Pour, présidente de la commission Europe, monde et mondialisation. Francis Wurtz, député PCF européen, participera au Forum des parlementaires.
Alain Krivine représentera La Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

Par Sophie Lutrand le 15 janvier 2004 à 15:28
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