Temps utile ou temps perdu ?

Par , le 16 janvier 2004 à 16h08 , mis à jour le 16 janvier 2004 à 17h09

Le temps passé dans les transports en commun n'est-il qu'une source de stress ? Peut-il avoir des vertus ? Un peu des deux, répond Vincent Kaufmann, spécialiste des questions de mobilité et professeur de sociologie à Lausanne.

RER foule attente quai © INTERNE

tf1.fr : Comment utilise-t-on son temps de transport ?

Vincent Kaufmann* : Cela dépend du type de transport. Dans le métro ou le RER, aux heures de pointe, même lire un journal est difficile. Les gens s'ennuient et le temps passe lentement. Dans les trains en revanche, on est la plupart du temps confortablement assis. Le temps passé peut alors s'avérer utile : on y commence sa journée de travail. Certains employeurs acceptent même de considérer cela comme du temps de travail.

tf1.fr : Le temps de transport peut-il permettre une coupure entre la journée de travail et la vie privée ?

VK : D'après les études, c'est surtout le cas en voiture. En conduisant, les personnes ont le sentiment d'être actives, se détendent en écoutant la radio. Dans les transports en commun, il peut y avoir des retards ou bien pas de place assise. Le soir, on est fatigué, on a envie de rentrer chez soi le plus rapidement possible. Une personne qui attend 7 minutes son RER affirmera en toute bonne foi avoir patienté un quart d'heure. Tout cela crée du stress.

tf1.fr : Existe-t-il des moyens de rendre ces moments plus agréables ?

VK : Informer les voyageurs est primordial. Savoir que le prochain bus arrivera dans un quart d'heure permet de s'organiser. On peut passer à l'épicerie ou à la boulangerie sans avoir peur de le manquer. Mais l'information doit être fiable.

tf1.fr : La diffusion de musique ou de spots télévisés permettrait-elle d'améliorer les trajets ?

VK : Ce n'est pas si simple. Certains peuvent apprécier ces initiatives, d'autres pas du tout. Essayer de lire le dernier roman de Jean-Claude Izzo quand George Michael nous hurle dans les oreilles, c'est pénible. En Allemagne, les stations sont équipées d'écrans géants où sont diffusées des publicités ou des informations sur la météo : c'est très agressif.

tf1.fr : Comment peut-on rêver les trains et métros du futur : high-tech ? Conviviaux ? Confortables ?

VK : Cela relève quand même de l'utopie ! Par définition, ce sont des transports de masse. Offrir une place assise à tout le monde, ce serait déjà très bien.

* "Entre rupture et activités : vivre les lieux de transport". Vincent Kaufmann, Christophe Jemelin, Dominique Joye, 2000

Par Sophie Lutrand le 16 janvier 2004 à 16:08
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