© INTERNEtf1.fr : Après le départ de Nicole Notat de la CFDT, de Louis Viannet de la CGT, le départ de Marc Blondel de Force ouvrière clôt-il une période du syndicalisme français ?
Guy Groux* : Marc Blondel a accédé à la direction de Force ouvrière en 1989. Son bilan clôt une période très importante de l'histoire de FO. Le syndicat s'était constitué contre la CGT,à l'époque liée au communisme, et contre le capitalisme. Blondel a succédé à André Bergeron et redéfini une ligne. Il a maintenu, autant que faire se peut, la négociation mais surtout, il a affirmé la contestation. Auparavant, la grève était le dernier recours. Sous Blondel, même si la négociation est reconnue, le recours à la grève comme instrument de pression est devenu plus systématique. Marc Blondel a fait passer FO d'un syndicalisme contractuel très fort à un syndicalisme de contestation.
tf1.fr : Quel bilan peut-on faire de "l'ère Blondel" ?
G.G : Il est ambiguë. Force ouvrière a perdu des positions de premier plan, comme la gestion de la Cnam et de l'Unedic et essuyé une perte de vitesse aux dernières élections prud'homales. L'influence de FO sur le syndicalisme européen est moins fort qu'il y a une dizaine d'années. L'organisation, remplacée par la CFDT, a perdu la place qui était la sienne dans les négociations sans réussir à supplanter la CGT dans la contestation. FO est un peu en porte-à-faux aujourd'hui. Et pourtant, Marc Blondel a réussi à maintenir son syndicat au premier plan dans les médias et dans l'opinion. Selon un récent sondage Ifop, seuls 13% des Français ne connaissent pas Marc Blondel contre 31% qui n'ont jamais entendu parler de Bernard Thibault et plus de 50% de Chérèque.
tf1.fr : Jean-Claude Mailly, est le successeur choisi par Marc Blondel. Cela veut-il dire qu'il n'y aura aucune rupture dans la ligne du syndicat ?
G.G : Jean-Claude Mailly est en effet le fidèle des fidèles, certains
l'appellent même le "directeur de cabinet". J'apporterai toutefois deux bémols : tout dépendra d'abord de la place laissée aux opposants, c'est-à-dire aux tenants de Jean-Claude Mallet (partisan d'un retour à davantage de négociation, ndlr). D'autre part, lorsqu'un nouveau dirigeant est nommé, il faut toujours se garder de trop vite le cataloguer. La fonction crée le personnage. Henri Krasucki était perçu comme l'éternel second de la CGT, on se demandait s'il allait être à la hauteur au début. Idem pour Nicole Notat. Avec le temps, ils ont montré le contraire. 
Jean-Claude Mailly est le successeur
désigné de Marc Blondel-
tf1.fr : Certains disent que "FO est un objet bizarre qui a vocation à disparaître". FO a -t-elle sa place dans le paysage syndical français ?
G.G : Il faut être prudent. En 89, avec la chute du mur de Berlin, on disait que la CFDT allait écraser FO. Aujourd'hui, l'organisation est toujours dans les trois premières. Si on schématise, la CFDT incarne la réforme, la CGT, la voie médiane entre la réforme et la protestation et FO, la contestation. Mais sur le terrain, cela ne se vérifie pas. FO est beaucoup moins implantée dans les entreprises que la CFDT et la CGT. Elle ne peut rivaliser avec la force de frappe de la CGT. C'est là l'écueil à éviter, FO doit se garder de devenir le "ministère du verbe".
*Guy Groux est chercheur au CNRS et au Cevipof, spécialiste des syndicats et des mouvements sociaux
Photo : Marc Blondel lors du congrès de FO cette semaine à Villepinte
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