© INTERNE"Aux Etats-Unis et au Canada, 80% des races à viande n'ont pas de cornes, au Brésil, grand pays producteur, la proportion est de 50%", explique Patrick Reversé, directeur technique de l'Ucef, Union centre-est France qui gère la sélection génétique de la race charolaise. Ces bêtes ont été obtenues en mélangeant plusieurs races et en utilisant le gène du "sans cornes".
En France, "la proportion d'animaux sans cornes à la naissance est très faible", explique Alain Malafosse, généticien et directeur adjoint de l'UNCEIA (Union des inséminateurs français) et ne correspond qu'aux aléas de dame nature… Jusqu'à présent en tout cas. Un programme de sélection génétique des sans cornes a été lancé il y a onze ans dans la race charolaise. Les premières semences identifiées "sans cornes" seront commercialisées à la fin de l'année.
Eviter les accidents
Quel est l'intérêt d'élever des bêtes vierges de tout moignon ? "Lorqu'on les emmène à l'abattoir, elles se blessent moins", répond François Menissier, généticien à l'Inra (Institut national de la recherche agronomique). Idem dans les élevages ou elles sont en "stabulation libre", c'est-à-dire une quinzaine dans le même espace : "les jeunes taureaux, de même que les vaches qui viennent de vêler, sont très agressifs", note Patrick Reversé. Agressifs envers leurs congénères et les hommes. "Avant, un éleveur gérait une cinquantaine de bêtes. Aujourd'hui, il n'est pas rare qu'il en ait une centaine : la manipulation est délicate". Et l'absence de cornes évite nombre d'accidents.
Cet atout est également capital pour exporter de la semence de taureaux français. Les pays d'Amérique du Nord, l'Australie et l'Europe du Nord y sont très sensibles. Enfin, "il s'agit d'anticiper une éventuelle interdiction européenne d'écorner les bêtes pour des questions de bien-être animal", estime François Menissier de l'Inra car aujourd'hui, pour les raisons précédemment mentionnées, les bovins sont quasiment tous écornés dès leur naissance : soit les cornes naissantes sont brûlées et ne poussent pas, soit elles sont coupées lors d'une opération chirurgicale assez lourde.
Récalcitrants
Fallait-il encore réussir à mettre au point des lignées de charolais, race à viande par excellence, sans cornes. "Un éleveur s'était passionné pour la question. Il a commencé à ne faire se reproduire que des mâles et des femelles sans cornes, jusqu'à obtenir un troupeau entièrement "vierge" de cornes", raconte, Patrick Réservé. Les professionnels des semences ont copié la démarche mais en tenant compte des critères de qualité.
"La viande d'une bête sans cornes n'est ni meilleure ni moins bonne", constate Alain Malafosse. Il fallait donc croiser les bêtes porteuses de ce gêne avec les "meilleurs inséminateurs" correspondant aux critères de viande, de fertilité, de production laitière etc… Au bout de trois générations et onze années plus tard, les premières semences vont être commercialisées. Avec de grands espoirs : une dose de "sans cornes sera vendue trois fois plus cher que les autres", affirme Patrick Reversé.
Cela ne concerne toutefois que le charolais. "Nous avons essayé de proposer la démarche aux éleveurs de Salers, ces vaches connues pour leurs belles cornes : les réticences sont plus importantes", note le chercheur de l'Inra. Prochaine étape : les sans cloche ?
En direct du salon, les étudiants de l'IPJ
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