© INTERNEAnne, 39 ans, Paris, "Convoqués par le chef"
C'était il y a six ans, dans une société de location de voitures avec chauffeur. J'étais comptable, lui chauffeur. En instance de divorce, je sortais parfois avec des collègues de bureau le soir. Nous nous sommes connus comme ça même si, à l'époque, ça ne se faisait pas pour des personnes de "l'administratif" de côtoyer des chauffeurs. Petit à petit, notre histoire est devenue sérieuse et nous avons décidé d'emménager ensemble. Là je n'ai pas été fine : j'ai trouvé un appartement juste au-dessus de mon lieu de travail. De fait, notre relation n'est pas restée longtemps secrète !
Nous avons été chacun notre tour convoqués par notre chef. Il redoutait que cela crée des tensions dans la société et des jalousies de la part des autres chauffeurs : c'est moi qui distribuais les missions et établissais les fiches de paie. Les chauffeurs auraient pu avoir peur que je fasse du favoritisme. J'ai répondu à mon Pdg que s'il ne me faisait plus confiance, il fallait qu'il me licencie… Finalement, je suis partie un an et demi plus tard. Mon ami, lui, est resté et la situation s'est améliorée.
Jérôme, 43 ans, cadre dans une banque, Paris : "Ca m'a servi"
En 24 ans de boîte, j'ai eu plusieurs aventures, plus ou moins sérieuses, dans mon entreprise. La seule fois où cela a créé des problèmes, c'est quand je suis sorti avec la secrétaire du directeur général. On m'a fait comprendre qu'il fallait que ça s'arrête. Ma dernière histoire a duré près de 4 ans. Evidemment, quand on vous voit déjeuner à la cantine, venir aux fêtes ensemble, les collègues finissent toujours par se poser des questions.
Mais maintenant, je dirais que ma direction est habituée. Non seulement ça ne me pénalise pas mais je pense que ça m'a servi. Avant j'étais plutôt timide mais maintenant j'ai le contact facile avec les femmes et on sait que je "connais bien" les secrétaires. Souvent d'ailleurs, on m'envoie en éclaireur auprès d'elles.
Sergent José, 31 ans, Bouches-du-Rhône, "Au garde à vous devant moi ! "
Nous nous sommes rencontrés dans une caserne près de Lyon où j'étais sergent. Cindy était simple soldat. Nous avons caché notre relation, plus pour Cindy que pour moi. Dans l'armée, c'est un peu particulier : les filles sont vite cataloguées. Par définition, le supérieur est méchant et injuste : les soldats n'aiment pas les sergents qui n'aiment pas les caporaux et ainsi de suite. Certains soldats auraient pu vouloir faire payer à Cindy son rapprochement "avec l'ennemi". Et puis, il y a le problème du favoritisme : c'est vrai que, si je le pouvais, je préférais lui confier le balayage de la cour que la corvée des toilettes !
La nuit, elle me retrouvait en catimini dans ma piole en dehors de la caserne. Le matin, je la retrouvais au garde à vous devant moi alors que quelques heures plus tôt on s'était dit au revoir en s'embrassant. Lors des permissions, on se donnait rendez-vous dans des villes inconnues pour ne pas nous faire reconnaître. C'était assez romanesque. Aujourd'hui, ce sont vraiment de bons souvenirs. J'ai quitté l'armé pour d'autres raisons et peu après et Cindy m'a rejoint à Marignane où nous vivons toujours. Nos anciens collègues de l'armée n'ont découvert notre relation qu'à l'occasion d'un mariage de copains militaires. Ils étaient soufflés...
Sylvie, 40 ans, Croix, Nord, "Les caissières sont censées se tenir"
C'était en 1985, j'avais 21 ans et j'étais caissière dans une cafétéria de Villeneuve d'Asq dans le Nord. Maurice était à la plonge. Ce n'était pas du tout bien vu que les caissières se mélangent avec les hommes de la plonge : les caissières sont censées être plus qualifiées et "se tenir", selon l'expression de la gérante. Elle en a profité pour me rabaisser, me faire des réflexions humiliantes. Je lui rétorquais que c'était ma vie privée et que ça ne la regardait pas. Outre notre chef, les collègues se sont chargés des commérages : on me disait que Maurice aimait s'amuser, qu'il n'était pas sérieux et qu'il ne fallait pas que je m'attache. Aujourd'hui, nous sommes mariés, nous avons deux filles mais... nous ne travaillons plus ensemble. Ce n'est pas plus mal car mon mari est jaloux et parfois ça se passait mal avec les clients qui me draguaient un peu.
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