La pauvreté touche un enfant sur huit

Par , le 17 février 2004 à 19h04 , mis à jour le 16 février 2004 à 19h19

Plus d'un million d'enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté en France, selon un rapport du Cerc publié mardi. Au banc des accusés : marché de l'emploi difficile et mauvais réglage de la politique familiale.

afp © INTERNE

Un enfant sur huit vit sous le seuil de pauvreté. Ce chiffre ne concerne pas un pays d'Afrique noir ou d'Asie… mais la France. Le Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (Cerc), présidé par Jacques Delors, publie mardi un rapport sur les enfants pauvres en France. Si l'on considère le seuil de pauvreté établi par l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), soit 650 euros par mois, plus d'un million d'enfants de moins de 18 ans vivent en dessous de celui-ci.

La pauvreté n'est pas plus acceptable chez les adultes mais, le Cerc souligne que, pour les enfants, l'absence de ressources suffisantes "handicape leurs capacités à évoluer" et "pèse sur leur avenir".

Exemple scandinave

Le Cerc met en évidence plusieurs causes : les problèmes d'emploi de leurs parents, les lacunes des politiques familiales et des allocations et le caractère discriminatoire de la pauvreté : une très grande partie des ménages pauvres sont issus de l'immigration. Selon le rapport, il s'agirait moins d'un problème de niveau de salaire horaire que du "manque d'emploi" et des "conditions de l'emploi". Moins les parents sont qualifiés et plus leurs emplois sont précaires et les périodes de chômage longues. Pis, la présence d'enfants renforce les difficultés sur le marché de l'emploi, surtout dans les familles monoparentales ou les familles de plus de quatre enfants.

Contrairement aux pays scandinaves où la garde des enfants fait l'objet d'un soin particulier des pouvoirs publics, le Cerc souligne la faiblesse des aides du système français : celles-ci ne permettraient pas aux parents d'avoir recours à une garde rémunérée.

Risque de reproduction

Autre record remporté par la France : celui de l'écart de taux de pauvreté entre personnes ressortissantes ou non de l'Union européenne y est le plus élevé. Et cela n'est pas seulement dû à une moindre qualification des parents immigrés mais aussi à une discrimination à l'embauche : comment expliquer que "lorsque le chef de famille a le niveau bac, le risque de pauvreté est six fois plus élevé' s'il est immigré.

Le risque majeur de la pauvreté des enfants est la reproduction... Non pas héréditaire mais liée à l'échec scolaire. A 17 ans, près d'un enfant "pauvre" sur cinq a arrêté ses études contre un sur cent dans les milieux les plus favorisés. Les raisons ? La promiscuité dans des logements exsangue, un moindre accès aux biens culturels et au soutien scolaire. Le Cerc préconise de mettre l'accent sur la politique de l'emploi mais pas uniquement : "les dispositifs de congé parental sont insuffisants", estime le Conseil, de même que ceux de garde. Il préconise se s'inspirer du modèle scandinave. Une meilleure aide au logement permettrait d'améliorer les conditions de vie des enfants, et une intervention précoce dans le soutien scolaire permettrait d'éviter des échecs.

Photo : des enfants défavorisés lors d'un voyage organisé sur les plages bretonnes

Par Sophie Lutrand le 17 février 2004 à 19:04
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience