© INTERNEDans les avions ou via les messages électroniques, les Américains goûtent peu à "l'humour" français. Un salarié de l'usine de pigments pour peintures Millenium inorganic chemicals du Havre a été licencié pour avoir envoyé, par erreur, un courriel "coquin" à une cadre employée au siège du groupe aux Etats-Unis.
Mi-janvier, Yannick Caniel, 44 ans, technicien, veut envoyer un message à plusieurs de ses collègues de l'usine. Dans ce message, une photo représentant un enfant qui soulève la jupe de sa mère dans la rue et deux dessins sous le mode de la caricature présentant un homme et une femme nus. "J'ai fait une erreur de manipulation et, comme le carnet d'adresses contient les noms de tous les salariés du groupe, le message a été envoyé à une cadre de Millenium à Baltimore", explique Yannick Caniel à tf1.fr. Aussitôt, il envoie un message d'excuses à l'intéressée lui expliquant qu'il s'agissait d'une erreur. Pas de réponse, pour lui, l'incident est clos.
Sanction
Deux semaines plus tard, il reçoit une lettre recommandée. Le technicien n'imagine pas une seconde que cette lettre a un lien avec le message. Il est reçu par sa direction qui l'informe que l'affaire a été portée en haut lieu. "Alertée, la direction américaine a contacté le DRH Europe du groupe, qui est Anglais, explique Patrice Lemieux, secrétaire CGT du comité d'entreprise. Ce dernier a pris contact avec la direction de l'usine du Havre, lui demandant de prendre des sanctions".
En guise de sanction, Yannick Caniel est licencié jeudi 29 janvier pour faute grave. Ce père de deux enfants au dossier jusqu'à présent irréprochable en informe les syndicats. Dès le vendredi matin, une grève est décidée et l'accès à l'usine bloqué. "Les salariés soutiennent l'action car ce genre d'injustice peut les concerner eux aussi", estime Patrice Lemieux.
Usine en péril
Mardi après-midi, une délégation de salariés devait être reçue par le sous-préfet du Havre. "Nous demandons la réintégration de notre collègue", explique le syndicaliste. L'intéressé fait son autocritique : "Je mérite une sanction, c'est sûr. Mais là, c'est quand même disproportionné : je réalise que j'ai pu choquer cette femme et j'en suis désolé mais je n'ai pas nuit au fonctionnement de l'entreprise, ce qui caractérise un licenciement pour faute grave", juge Yannick Caniel.
Une opinion que ne partage pas la direction. "Nous appartenons à une société américaine et nous perdons de l'argent chaque année, explique Jean-Pierre Verbeeck, directeur du site du Havre. "Comment voulez-vous convaincre les Américains de choisir d'investir dans notre usine si les salariés ont le temps d'envoyer des messages à caractère pornographique ? Je considère que ce comportement met l'usine en péril", conclut le patron belge. Selon ce dernier, le règlement intérieur de l'usine interdit l'utilisation d'images pornographiques ou libertines. Mais selon les syndicats, seul un code de déontologie qui n'a pas été approuvé en comité d'entreprise, précise les restrictions de l'utilisation des messageries internet.
Bureaux "délocalisés"
L'équipe de direction de Millenium inorganic chemicals a été délogée lundi de ses bureaux par les grévistes "au son d'une cornemuse jouant l'internationale", raconte le délégué cégétiste. Depuis, elle s'est réfugiée dans un hôtel du Havre. Le directeur de l'usine se dit ouvert au dialogue pour mettre fin au mouvement de grève : "nous ne réintègrerons pas cette personne mais nous proposons de l'aider à retrouver du travail". Et de jouer sur la division : "un des syndicats n'est plus solidaire du mouvement et les salariés qui veulent reprendre le travail doivent manifester devant l'usine mardi après-midi", confie Jean-Pierre Verbeeck.
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