Une chef d'entreprise gagne un tiers de moins qu'un homme

Par , le 05 mars 2004 à 17h56 , mis à jour le 05 mars 2004 à 23h14

Même quand elles dirigent une entreprise, les femmes gagnent beaucoup moins que leurs homologues masculins, selon une étude de l'Insee publiée vendredi. L'écart se creuse avec l'âge et la taille de l'entreprise selon Michel Amar de l'Insee.

DR © INTERNE

tf1.fr : Même en haut de l'échelle sociale, les femmes sont moins bien payées que les hommes ?

Michel Amar (chef de division salaires et revenus d'activité à l'Insee) : Surtout en haut de l'échelle à vrai dire. La différence de salaire hommes-femmes est de 20% pour les salariés, de 24% pour les cadres et de 33% pour les dirigeants. Non seulement il y a très peu de femmes ayant des postes de dirigeantes mais elles gagnent beaucoup moins que leurs homologues masculins. Plus l'entreprise est grande et moins il y a de chance d'y trouver un femme à sa tête et plus l'écart de salaires homme-femme est important. Parmi les dirigeants des sociétés de plus de 200 salariés, il n'y a que 8% de femmes contre 17% dans l'ensemble des dirigeants. Une PDG de SA, les plus grosses sociétés, sont payées 30% de moins que les hommes, 40% pour des directrices générales. La différence n'est "que" de 23% pour les dirigeantes de SARL, les sociétés plus petites.

tf1.fr : L'étude montre que les sociétés dirigées par des femmes ont plus de salariées que les autres : est-ce une volonté de la part de ces "patrones" ?

M.A : Rien ne le prouve. En réalité, on a davantage de chances d'avoir une femme à la tête d'un salon de coiffure ou dans des activités dites féminines que d'une entreprise de BTP. La majorité des femmes dirigeantes sont à la tête de commerces, d'activités de taille moyenne. Mais même à niveau égal, les hommes gagnent quand même 20% de plus que leurs collègues féminines.

tf1.fr : L'étude note que le pouvoir d'achat des femmes dirigeantes augmente plus vite


"On a davantage
de chances d'avoir une femme
à la tête d'un salon
de coiffure
que d'une
entreprise de BTP".
 

que celui des hommes et que les entreprises qu'elles dirigent profitent plus de la croissance que les autres : sont-elles de meilleures gestionnaires ?

M.A : En effet, leur pouvoir d'achat a augmenté de 2% chaque année de 1993 à 2001 contre 0,8% pour les hommes. Mais elles ne partaient pas du même niveau. Elles ont juste un peu réduit leur retard. Pour ce qui est de la performance, nous nous sommes posés la question mais nous n'avons pas constaté de différences.

tf1.fr : Vous notez également que les différences de salaires entre dirigeants et dirigeantes augmentent avec l'âge : ce phénomène change-t-il avec la nouvelle génération ?

M.A : Pas vraiment. En 1993 déjà les moins de 30 ans étaient ceux qui avaient les différences les moins grandes. Ils ont vieilli et les écarts de salaires se sont aggravés. Cela s'explique par des carrières plus "hachurées" pour les femmes en raison des grossesses et pour toutes les autres raisons de discrimination hommes-femmes. Les écarts de salaires se réduisent mais très lentement : ils étaient de 39% en 93 contre 33% aujourd'hui.

Par Sophie Lutrand le 05 mars 2004 à 17:56
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