La "faute au Medef"

Par S.L, le 29 mars 2004 à 16h02 , mis à jour le 30 mars 2004 à 10h42

Au lendemain des élections, les diverses organisations syndicales interprètent les mauvais résultats de la droite par l'entêtement du gouvernement à mener la politique libérale prônée par le mouvement patronal.

manif retraites strasbourg © INTERNE

Les électeurs mais aussi les salariés, ont sanctionné le gouvernement. Les syndicats font une lecture sociale de ce scrutin. Pour la CFTC, qui n'est pourtant pas la plus virulente, "l'attitude des électeurs" lors des élections régionales et cantonales "reflète l'inquiétude des salariés confrontés à la montée du chômage, à la précarité et à la remise en cause de leur protection sociale".

Un condamnation du fond et de la forme : Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT a estimé que ces élections ont marqué une condamnation de la politique et de la méthode du gouvernement". "Une politique arrogante, antidémocratique, aux ordres du Medef" surenchérit l'Union syndicale G10-Solidaires. Le reproche d'avoir mis en œuvre le programme économique et social du mouvement patronal revient à plusieurs reprises. Même la CFE-CGC, syndicat de cadres, s'en prend à un gouvernement qui s'est obstiné "à privilégier systématiquement les revendications du Medef".

Pédagogie

Une politique accusée de ne pas s'être soucié des plus démunis et semble avoir favorisé d'abord les entreprises mais aussi les catégories les plus aisées : Dans une interview au Nouvel Observateur, François Chérèque de la CFDT estime que "les Français ne sont pas sots. Alors qu'on leur annonçait que les caisses étaient vides, ils ont constaté que les cadeaux allaient pourtant aux catégories les plus aisées, comme les baisses d'impôt sur le revenu".

Face à un score sans appel, le gouvernement doit en tirer les conséquences, y compris dans son programme de réformes, semblent déclarer les organisations syndicales au lendemain des élections. "Le gouvernement ne peut pas ne pas tenir compte de ces résultats", estime Jean-Christophe Le Duigou de la CGT. Un vote sanction en forme d'appel mais qui, toujours de l'avis des syndicats, restera lettre morte : "les premières déclarations des responsables gouvernementaux laissent entendre qu'ils continueront dans la même voie, leur écrasante défaite n'étant, selon eux, explicable que par un défaut de pédagogie", regrette le G10. Même pessimisme à la CGT où l'on craint "que le gouvernement ne renonce à sa démarche libérale".

Le patronat inquiet

Après la débâcle de la droite, les milieux patronaux espèrent que le gouvernement, quel qu'il soit, ne va pas céder à la tentation d'abandonner les réformes en cours, assurance-maladie et droit du travail. Ils craignent que ces réformes ne fassent les frais du recentrage "social" d'un gouvernement remanié. "On ferait une erreur si ces élections donnaient l'occasion de surenchère sociale, parce que la situation économique de la France ne le permet pas", estime Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des PME (CGPME).
La présidente de l'association libérale Ethic (Entreprises de taille humaine et de croissance, proche du Medef), Sophie de Menthon, craint "que le gouvernement n'abandonne les réformes, qu'il écarte la société civile de ses réflexions et qu'on recommence à voir dans l'entreprise la cause de tous les maux", ajoute-t-elle.

Photo : manifestation pour la défense du régime des retraites en mai 2003 à Strasbourg

Par S.L le 29 mars 2004 à 16:02
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