Assurance-vie : et si les obèses payaient plus ?

Par Matthieu DURAND, le 13 avril 2004 à 11h52 , mis à jour le 14 avril 2004 à 11h33

Selon le réassureur Swiss Re, la progression de l'obésité pourrait obliger les assureurs à augmenter les primes des personnes qui en sont victimes. Un pavé dans la mare qui suscite la prudence des assureurs français et la colère d'une association d'obèses.

190x140 Obésité... Attention aux enfants © INTERNE

Les personnes obèses doivent s'attendre à payer plus cher leur assurance-vie en raison des risques médicaux que leur surpoids leur fait courir. C'est l'analyse qu'a publiée mardi dernier le groupe helvétique Swiss Re, un des principaux réassureurs mondiaux (1).

Dans les pays développés entre 10% et 20% des hommes et entre 10% et 25% des femmes sont considérés comme obèses, a souligné Swiss Re. "Liée aux maladies cardio-vasculaires, à l'hypertension, au diabète et à de nombreux cas de cancers, l'obésité est devenue un problème majeur de santé publique".

Selon Ronald Klein, responsable de la tarification du secteur Vie et santé de Swiss Re, "l'obésité est généralement le résultat d'un mode de vie délibérément choisi". Il appelle donc "toutes les parties intéressées" — "les gouvernements, le corps médical, l'industrie agro-alimentaire et les consommateurs" — "à unir leurs efforts" pour combattre ce fléau. Et d'avertir : "Si la prévalence de l'obésité n'est pas maîtrisée, ce sont les consommateurs qui en paieront les frais. L'augmentation de l'indice de masse corporelle des consommateurs induira une augmentation de leurs primes".

"Discrimination"

Contacté par tf1.fr, le groupe suisse a indiqué vouloir lancer "un forum" sur l'impact de l'obésité, en précisant que "rien de concret" n'était prévu. En France, AGF n'a pas souhaité réagir. Chez CNP, ce dossier fait l'objet d'une réflexion mais il est "un peu prématuré" pour en parler.

Les propos de Ronald Klein sur l'obésité présentée comme un choix de vie constituent une "méconnaissance totale de la maladie", dénonce le professeur Jean-Marc Chevallier, chirurgien digestif à l'hôpital européen Georges Pompidou. "Rejeter la responsabilité sur les individus alors que la société commence tout juste à réaliser que l'obésité est un problème de santé publique, c'est hypocrite", ajoute le spécialiste. Pour Janine Lapeyre, vice-présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO), le communiqué de Swiss Re est "inadmissible" et relève de la "discrimination". "Il est dommage que les gens trouvent ce genre de solutions face à un problème croissant", indique-t-elle à tf1.fr. Rappelant que l'obésité est "une maladie dramatique" — "des gens en meurent", pointe-t-elle —, elle regrette que l'ensemble des acteurs impliqués ne puissent "s'asseoir autour d'une table pour essayer de trouver des solutions concrètes et tangibles".

Les députés contre l'obésité

L'Assemblée nationale a adopté jeudi, en deuxième lecture du projet de loi sur la santé publique, deux amendements ayant trait à l'obésité. L'un oblige les industriels faisant de la publicité à la télévision pour des aliments pouvant nuire à la santé des enfants en cas de consommation excessive, à financer des messages d'information nutritionnelle. Ces messages devront être diffusés sur la même chaîne de télévision et dans les mêmes conditions horaires que la publicité visée. L'autre interdit les distributeurs de confiserie et de sodas dans les établissements scolaires. Des amendements qui ont suscité les critiques de l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) et de la Chambre syndicale nationale de vente et services automatiques (NAVSA). A l'inverse, il s'agit d'une victoire partielle des associations de consommateurs, selon UFC-Que Choisir.

(1) Un réassureur est en quelque sorte l'assureur des compagnies d'assurances.

photo : DR

Par Matthieu DURAND le 13 avril 2004 à 11:52
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