Eurotunnel : revue de troupes avant la bataille

Par S.L, le 06 avril 2004 à 11h15 , mis à jour le 06 avril 2004 à 12h16

Journée cruciale mercredi pour Eurotunnel : les petits actionnaires sont appelés à renverser l'équipe de direction actuelle et à la remplacer par Jacques Maillot. En face, la direction propose la nomination de Philippe Bourguignon.

AFP © INTERNE

Le théâtre de l'éventuelle "révolution" sera le Parc des expositions de Villepinte au nord de Paris. Les actionnaires d'Eurotunnel y sont attendus à 18h pour une assemblée générale sans précédent où ils devront départager la direction actuelle et une équipe d'alternance proposée par les actionnaires mécontents.  

L'Adacte, grandement aidée par l'éditeur Nicolas Miguet, avait obtenu en justice le 3 décembre la tenue d'une assemblée ayant pour ordre du jour "la révocation de l'ensemble des membres du conseil d'administration et la nomination d'un nouveau conseil". L'actuelle direction anglaise du groupe franco-britannique, épaulée par le français Philippe Bourguignon qui prendra la présidence en octobre si cette direction n'est pas renversée, est opposée à une coalition menée par l'ex-PDG de Nouvelles frontières Jacques Maillot et un groupe historique de petits porteurs floués, l'Association de défense des actionnaires d'Eurotunnel.

Titre à un euro

Les actionnaires reprochent à la direction actuelle ses mauvais résultats : une dette de 9 milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires 2003 de 813 millions d'euros et une perte plus de deux fois supérieures. Ils contestent également les rémunérations, notamment en stock-options, des dirigeants, alors que le cours de bourse reste désespérément sous le seuil d'un euro.

Avant même le début du creusement du tunnel sous la Manche côté anglais, et près de sept ans avant son inauguration le 6 mai 1994, des centaines de milliers de petits porteurs avaient accepté en 1987 de verser 35 francs pour l'action Eurotunnel, montée ensuite jusqu'à 127 francs. Mais des erreurs dans les calculs du coût de construction et le poids de la dette ont ensuite entraîné une chute vertigineuse du titre.

En faveur des banques... ou des actionnaires

Si elle est élue, l'équipe d'alternance composée autour de l'ancien PDG de Nouvelles Frontières s'est donnée comme priorité de renégocier la dette avec les banques et fonds qui la détiennent. Cette équipe a l'idée d'une "structure de défaisance" qui cantonnerait la dette hors du groupe. Considérant que le tunnel est "un ouvrage de service public", elle compte aussi demander le soutien des pouvoirs publics.

En face, le directeur général d'Eurotunnel Richard Shirrefs juge cette stratégie "irréaliste" et pointe du doigt la coalition "de circonstance" de Jacques Maillot connu pour ses idées de gauche et de Nicolas Miguet qui anime un Rassemblement de contribuables très à droite. Richard Shirrefs a annoncé en février un plan qui prévoit une baisse des tarifs du péage du tunnel en contrepartie d'un refinancement de la dette, tout en se lançant dans le transport européen de marchandises par le rail. Une restructuration massive de la dette semble quoi qu'il arrive inéluctable, mais du résultat du vote dépendront les bénéficiaires, plutôt les actionnaires ou plutôt les banques.

Par S.L le 06 avril 2004 à 11:15
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience