Médicaments : un retard qui ulcère fabricants et Sécu

Par , le 20 avril 2004 à 16h38 , mis à jour le 20 avril 2004 à 16h55

Depuis la mi-avril, le Mopral, un antiulcéreux très prisé, est susceptible d'être copié par les fabricants de médicaments génériques. Ces copies légales sont beaucoup moins chères. Seul problème : l'autorisation de mise en vente tarde à venir.

Pilules (LCI) © LCI

Les fabricants de médicaments génériques rongent leur frein. Les pharmaciens aussi. Ils espéraient écouler, à partir du 16 avril dernier, de nouveaux médicaments destinés à lutter contre les ulcères, moins coûteux que le produit déjà en rayon et promis à un succès de consommation. Ce devait être "le plus gros lancement de l'histoire du générique en France en termes de chiffre d'affaires", selon un fabricant. Mais ils ont dû déchanter momentanément, faute d'avoir obtenu les autorisations légales requises.

A vrai dire, il ne s'agit pas de nouveaux médicaments mais de copies d'un médicament existant, appelé Mopral. Jusqu'à la mi-avril et depuis 17 ans, seul le laboratoire anglo-suédois AstraZeneca avait l'autorisation de produire et de commercialiser cet antiulcéreux, car il détenait un brevet sur la molécule constitutive, l'oméprazole. Mais, depuis le 15 avril à minuit, cette molécule est tombée dans le domaine public. A la grande joie des concurrents d'AstraZeneca qui, sans efforts de recherches, disposent d'une molécule très populaire qu'il pourront commercialiser de 20 à 40% moins cher. A la grande joie aussi de la Sécu.

Couac de dernière minute

En effet, classé en 2001 et en 2002 en tête du hit parade des produits générant le plus de dépenses pour l'assurance-maladie, le Mopral a représenté 316,7 millions d'euros de remboursement en 2002 à charge de la Sécu. Si 40% du marché revenait à ses "copies" génériques, la Caisse nationale d'assurance-maladie a estimé qu'elle économiserait 50 millions d'euros dès 2004. C'était sans compter sur un couac de dernière minute.

Alors que les fabricants de génériques, comme G Gam, TEVA, ou Merck, avaient déjà approvisionnés les pharmaciens, les uns et les autres se sont aperçus que la molécule n'était pas inscrite au répertoire de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, faute du décret d'application. Résultat : les pharmaciens ne peuvent pas pour l'instant substituer un générique au médicament original d'AstraZeneca.

800 millions d'économies

Selon le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), il faudra attendre deux à trois semaines avant la publication du décret au Journal officiel. "Ce n'est pas une question de volonté politique de botter en touche, mais tout simplement que le circuit de validation du décret, qui est compliqué, prévoit son passage en conseil d'Etat", explique Bernard Capdeville.

Cette année, de grands médicaments, comme le somnifère Stilnox de Sanofi-Synthélabo, l'antihypertenseur Zestril d'AstraZeneca ou encore l'antihistaminique Zyrtec d'UCB Pharma, tombent dans le domaine public. Les fabricants de génériques comptent bien batailler ferme pour récupérer une part du gâteau. L'assurance-maladie aussi se frotte les mains. Au total, les génériques qui ont engendré 245 millions d'euros d'économies à la Sécu en 2003, permettront d'économiser en 2004 quelque 800 millions d'euros, selon le laboratoire Ratiopharm.

Par David Straus le 20 avril 2004 à 16:38
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