© INTERNEtf1.fr : Pourquoi avoir choisi de faire un livre sur les plans sociaux et plus exactement sur ceux que vous appelez les "licencieurs", nom que vous donnez aux directeurs des ressources humaines ?
Isabelle Pivert : Lors de plans sociaux, on donne toujours la parole aux licenciés en les présentant comme victimes d'une sorte de magma que l'on nomme "mondialisation", comme s'il s'agissait d'un fléau météorologique. Or, s'il y a des licenciés, il y a aussi des licencieurs. Je suis allée les voir sans préjugé mais avec une question : Comment peut-on gagner sa vie à exclure des personnes d'une entreprise, leur ôtant revenus et identité sociale ? Je voulais, par ces entretiens, donner à réfléchir et, pourquoi pas, lancer un débat.
tf1.fr : Les DRH sont ceux qui mettent en œuvre un plan social, ils ne le décident pas. N'est-ce pas un peu facile de prendre les porteurs de mauvaise nouvelle pour les fautifs ?
I.P : Les DRH sont en première ligne. Ce sont souvent les dernières personnes que les licenciés ont en face d'eux. Ils ne prennent pas la décision mais sont l'instrument de la direction.
tf1.fr : Malheureusement, sauf dans l'administration, l'emploi n'est pas garanti à vie aujourd'hui. Ne pensez-vous pas que les plans sociaux sont parfois inévitables ?I.P : Un licenciement, c'est avant tout un drame humain. Nous sommes dans une course aux profits sans limites et l'emploi devient une simple variable d'ajustement. Partout on entend parler de "l'homme au centre de l'entreprise", "d'entreprise citoyenne"… mais c'est complètement faux. Si l'on prenait véritablement en compte la dimension humaine d'une entreprise, on ne ferait pas de l'emploi un moyen comme un autre d'améliorer les résultats.
tf1.fr : Qu'est-ce qui vous a le plus choqué dans ces entretiens ?
I.P : ...leur inconscience, leur bonne foi. C'est comme s'il y avait une sorte de vitre entre ceux qui sont du bon côté et les autres, comme un lavage de cerveau, une perte totale d'esprit critique. Ils se disent : "le monde est comme ça, on n'a pas le choix". Mais si tout le monde pense comme ça, notre société va sombrer dans la barbarie. Il faut savoir dire non, quitte à ne plus faire partie de "ceux qui sont du bon côté".
Isabelle Pivert, 41 ans, ancienne consultante en entreprise,
a fondé les éditions du Sextant en 2003.
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