© LCIIl y a 20 ans, un gouvernement fixait à 65 ans la limite d'âge des présidents des entreprises détenues par l'Etat. Volonté de laisser la place aux jeunes ? Soucis d'écarter des patrons gâteux ? Non, il s'agissait alors d'une décision politique visant à démissionner de fait le président de la télévision publique de l'époque. Cette nuit, les sénateurs ont fait le chemin inverse. Sur proposition du ministre de l'Industrie Patrick Devedjian, qui a précisé agir lui-même "à la demande expresse du Premier ministre", ils ont adopté un amendement supprimant cette limite des 65 ans.
Cette disposition devrait permettre la nomination à la tête d'EDF de Francis Mer, qui a fêté en mai ses 65 printemps, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. L'ancien ministre de l'Economie pourrait remplacer François Roussely à la tête d'une EDF au statut modifié. En effet, cette nuit, le Sénat a surtout adopté en première lecture le projet de loi de réforme d'EDF et GDF, qui transforme en sociétés anonymes ces deux opérateurs historiques du secteur énergétique. Mais Matignon infirmé : l'amendement n'a rien à voir avec "le cas de telle ou telle personne" mais vise à "harmoniser les règles entre le public et le privé", a fait valoir vendredi l'entourage de Jean-Pierre Raffarin.
"Prélude à la privatisation"Combattu article après article par l'opposition de gauche qui a dénoncé "une spoliation du peuple français", le texte déjà voté par l'Assemblée le 29 juin a recueilli 206 voix contre 111. Pour la gauche, le changement de statut prélude à une "privatisation". L'article 22 du projet de loi stipule pour l'instant qu'"Electricité de France et Gaz de France sont transformés en sociétés dont l'Etat détient plus de 70% du capital". EDF et GDF sont actuellement des établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC).
Retraites garanties
La discussion s'est déroulée sous la pression de quatre syndicats, les fédérations CGT, CFDT, FO et CFTC de l'Energie, qui avaient appelé à un rassemblement à proximité du Sénat jeudi en début d'après-midi. Quelques centaines de manifestants - 400 selon les organisateurs, 200 selon la police - y ont participé. La réforme adoptée comporte un volet social de huit articles qui consiste notamment à faire garantir le paiement des retraites du régime spécial par le régime général des salariés.
Pour le reste, l'article premier réaffirme l'existence d'une "mission de service public", garantie par des "contrats de concession" conclus par l'Etat avec les deux entreprises, et maintient le principe de la péréquation des tarifs de l'électricité et du gaz. L'article 2 maintient la possibilité pour EDF et GDF de créer des services communs aux deux établissements publics. Actuellement, la gestion des réseaux de distribution et le service public de proximité sont traités en commun par EDF et GDF.
(Image d'archive LCI : Francis Mer)
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