© INTERNEDe l'intention et de son effet contraire. En envoyant début juillet une lettre recommandée à Corinne Maier, l'un de ses agents, EDF comptait signifier son désaccord avec le livre que celui-ci avait commis : "Bonjour paresse". Ce pamphlet publié en mai 2004 précise en sous-titre : "De l'art et de la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise". Edité à 4000 exemplaires par les éditions Michalon, l'ouvrage était "quasiment passé inaperçu", explique la maison d'édition. Mais de la douce torpeur estivale, une lettre l'a sorti.
Rappel des faits : le 9 juillet, Corinne Maier, économiste au service Recherche et Développement d'EDF depuis 12 ans reçoit à son domicile le fameux recommandé l'invitant à un entretien préalable avec sa direction en vue de sanctions disciplinaires. La réunion se tiendra début septembre. L'entreprise reproche notamment à Corinne Maier d'avoir notifié "sans autorisation" sa "qualité d'agent EDF en quatrième de couverture. Elle la blâme également pour "non respect de l'obligation de loyauté manifesté à plusieurs reprises - lire le journal en réunion de groupe, quitter les réunions avant la fin notamment -". EDF parle d'une attitude révélatrice "de la stratégie individuelle clairement affichée dans l'ouvrage, visant à gangrener le système de l'intérieur".
L'image d'EDF
Depuis, l'intersyndicale CGT-SUD-CFDT-CGC-FO-CFTC de la Recherche d'EDF a révélé l'affaire. Et la presse s'en est saisi. A tel point que mardi, la maison d'édition n'excluait pas de réimprimer l'ouvrage. "Nous avons même des journalistes étrangers qui appellent", s'étonnait l'attaché de presse des éditions Michalon. Une publicité pour l'ouvrage dont ce serait sans doute passé EDF.
L'auteur de "Bonjour paresse" avoue quant à elle avoir été très surprise de la réaction de sa direction. "C'est un livre impertinent et humoristique qui parle de l'entreprise en général mais jamais d'EDF", se défend-elle. Peut-être, mais en mentionnant sa qualité d'agent, c'est "l'image de la société qui est en jeu", rétorque EDF. L'entreprise publique évoque également le malaise provoqué dans le service de Corinne Maier. "Ses collègues de travail ont assez mal vécu la publication de ce livre et notamment les propos concernant les "cadres moyens" ou autres 'glandeurs", affirme EDF. En la rencontrant, il s'agit de "repartir sur de nouvelles bases".
Provocation
Sur le fond, on serait tenté de se demander si l'ouvrage qui fait couler tant d'encre n'a pas été surestimé. "Bonjour paresse" n'est guère plus qu'un pamphlet anti-conformiste mais très "dans l'air du temps" sur la nécessité de se réaliser en dehors de l'entreprise. Quand le livre se propose d'expliquer "comment plomber le système de l'intérieur sans en avoir l'air", il s'agit moins d'un guide du saboteur que d'une provocation potache digne d'un Charlie Hebdo. "Etre tout le temps disponible pour une succession invraisemblable de projets, dont la moitié sont complètement idiots et l'autre moitié mal emmanchés, c'est à peu près comme changer de partenaire sexuel deux fois par an : quand on a 20 ans, la chose peut avoir son charme mais, au fil des années, cela finit par devenir franchement une corvée", peut-on lire en introduction. Un coup d'œil à la bibliographie en dit également long sur le ton et le propos du livre. L'auteur y cite pêle-mêle Beigbeder, Houellebecq, Pierre Carles mais aussi Guy Debord, Jacques Lacan ou encore George Orwell. Fallait-il voir en ce livre une menace pour l'image d'EDF ?
Photo : couverture du livre "Bonjour paresse, De l'art et de la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise", Corinne Maier, éditions Michalon, 114 pages, 12 euros, mai 2004
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