© INTERNEtf1.fr : Les cours du café ont dégringolé cette semaine à leur plus bas niveau depuis sept mois à Londres et deux mois à New York. Comment expliquer ce soudain déclin ?
Emmanuelle Cheilan, porte-parole de Max Havelaar (1) : Les négociants se comportent de plus en plus comme des spéculateurs et jouent avec les cours du café comme ils le feraient avec l'or. Il y a souvent un effet psychologique d'entraînement. Cette fois, ils anticipent un hiver doux au Brésil, et donc, l'absence de destruction des récoltes par les gelées. Ils tablent sur des prévisions météorologiques à plus quinze jours et sont persuadés qu'il y aura bientôt trop de café sur le marché. Les prix s'effondrent... dans les bourses mais pas dans nos magasins. Car les marges ne sont que rarement répercutées vers le consommateur.
tf1.fr : La météo brésilienne seule suffit-elle à anéantir tous les espoirs ?
E.C. : Cet épiphénomène trahit un problème bien plus grave. Jusqu'en 1989, il existait une sorte d'OPEP du café, un cartel au sein duquel pays producteurs et pays consommateurs s'accordaient sur des cours raisonnables pour tous. Puis, ce modus vivendi a volé en éclats. Dans un premier temps, ce libéralisme convenait à tous. Mais, depuis la fin des années 90, les cours décrochent. Entre 1997 et 2001, l'arabica a perdu 65% de sa valeur. Alors que la production d'une livre coûte 70 centimes d'euro, les vendeurs l'écoulent à 40 centimes sur le marché. La principale raison est la surproduction. La Banque mondiale et le FMI ont encouragé le Vietnam à devenir producteur de fèves. En dix ans, ce nouvel acteur est devenu un des leaders mondiaux de la production, inondant le marché de produits de piètre qualité. Ensuite, la concentration a réduit le nombre de décideurs. Ils font la loi et se partagent les recettes.
tf1.fr : Pourtant, depuis le début de l'année, les cours avaient montré des signes de redressement…
E.C. : Même pour les acteurs dominants, le libéralisme débridé n'était plus tenable. C'est pourquoi, depuis quatre ans, on les a vus chercher des réponses. Pour lutter contre la surproduction, les producteurs brûlent spontanément leurs stocks. Pour tenter de redresser les revenus des petits producteurs, les populations du nord se mettent lentement au commerce équitable qui consiste à vendre les produits à des prix en relation avec les coûts de production. Reste que ces choix ne sont pas pris au sein d'un organisme officiel et que la loi du marché reprend vite le dessus. C'est ce qui arrive aujourd'hui.
(1) D'origine néerlandaise et présente en France depuis plusieurs années, Max Havelaar fait la promotion du commerce équitable. Elle labelise café, chocolat, riz, bananes issus d'une chaîne de production respectueuse d'une charte éthique.
(Image Max Havelaar)
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