La Poste au seuil d'une réforme drastique

Par , le 19 août 2004 à 16h07 , mis à jour le 19 août 2004 à 16h37

Selon la CGT, une restructuration ayant coûté 20% des emplois en Loire-Atlantique doit être étendue à tout le réseau. Le ministre de l'Industrie reconnaît que des bureaux peu rentables seront fermés mais assure que le service public n'en pâtira pas.

A.Tudéla/La Poste © INTERNE

La Poste va fermer plusieurs de ses bureaux d'ici 2007. Combien ? Aucun chiffre officiel n'a été avancé jusqu'à présent. Jeudi, le quotidien Le Parisien, qui s'est procuré une copie du "plan d'évolution du réseau" concocté par la direction de La Poste, parlait de 6000 suppressions de bureaux peu rentables, soit un peu plus de la moitié des 11 422 vrais bureaux, ceux où toutes les opérations sont possibles. Mais le ministre de l'Industrie, Patrick Devedjian, a démenti sur Europe 1 la proportion d'un bureau sur deux.

"Vous aviez des bureaux de poste qui ouvraient une ou deux heures par jour : ces bureaux là, on les ferme, c'est vrai, a reconnu le ministre, mais on les transforme en points de contact, c'est-à-dire en une collaboration avec la mairie, ou un café tabac, un commerçant." Près de 300 commerces offrent déjà ces services restreints : pas question d'y négocier des placements, par exemple.

Le projet, tel qu'il est rédigé pour l'instant, entend ainsi passer des partenariats pour remplacer les bureaux dont l'activité quotidienne au contact avec le public se situe entre 15 minutes et 4 heures. En deçà de 15 minutes le bureau serait fermé. Le ministre n'y voit pas un recul du service public, au contraire : "Vous avez une plage d'ouverture qui est bien plus considérable, donc le service est beaucoup mieux rendu", assure-t-il, tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte l'évolution de la démographie.

L'exemple de Loire-Atlantique

Mais, en termes de population, la CGT et SUD s'inquiètent surtout de celle de l'entreprise elle-même. Les syndicats redoutent "60 000 suppressions d'emplois". Selon SUD-PTT, cité par le Parisien, il ne restera plus que 76 vrais bureaux sur 170 en Seine-Maritime, 95 contre 175 dans l'Hérault et 80 contre 200 en Loire-Atlantique. Ce département a, depuis un an, amorcé la réforme qui devrait être étendue à tous le pays à partir du 1er janvier prochain, selon la CGT et SUD.

D'après un premier bilan de la CGT, sur 26 bureaux concernés par la restructuration en Loire-Atlantique, "il ne reste que 9 bureaux de plein exercice avec un chef d'établissement, 10 bureaux ont été transformés en guichets annexes, et 7 en agences postales communales". "Il y a également eu 20% de suppressions d'emplois", assure le syndicat qui propose une journée d'action le 21 septembre.

Grogne des élus locaux

La direction de la Poste a démenti les chiffres avancés par les syndicats. "Les 17 000 points de contact seront maintenus, reste à déterminer sous quelle forme", a-t-elle déclaré. La réforme du réseau s'inscrit dans un projet plus général, qui sera discuté à l'automne par les parlementaires et ouvre le secteur du courrier à la concurrence, ainsi que le veut la législation européenne. "Tout sera fait en concertation la plus étroite avec les élus", a affirmé la direction du groupe. A l'heure où le Premier ministre ne cesse de clamer les bienfaits de la décentralisation, il faudra sans doute beaucoup de pédagogie pour convaincre usagers et élus locaux des effets positifs de ce "redéploiement".

(Image La Poste /Tuléda)

Par David Straus le 19 août 2004 à 16:07
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