Suédois échange travail contre vacances rémunérées

Par , le 26 août 2004 à 17h45 , mis à jour le 25 août 2004 à 18h09

La Suède s'apprête à mettre en place un dispositif visant à favoriser le retour à l'emploi des chômeurs. Des salariés volontaires leur "prêteraient" leur travail en échange d'une année sabbatique rémunérée.

DR © INTERNE

Payé à ne rien faire ! Les congés payés qui dureraient toute une année. Ce n'est pas une utopie mais une initiative en passe d'être étendue à tout un pays. Malheureusement pas en France mais en Suède. Expérimentée depuis 2002 dans 12 communes, la "friaar", littéralement l'année libre, qui consiste à laisser, moyennant finance, son poste à un chômeur, doit être généralisée à l'ensemble du pays à partir du 1er janvier 2005. La mesure, initiée par le Parti écologiste suédois, concernera 12 000 emplois. Le gouvernement social-démocrate espère ainsi remettre le pied à l'étrier de personnes éloignées du marché du travail. Elle visera principalement les chômeurs de longue durée, les handicapés et les immigrés.

Le principe est simple, une personne volontaire cède son poste pendant un an et reste rémunérée à hauteur de 85% des indemnités de chômage par l'Etat. Ce montant étant plafonné à 1037 euros par mois, la friaar concerne surtout des femmes (71%). Le profil-type d'une bénéficiaire est celui d'une femme, âgée de 47 ans, vivant en province et ayant des revenus modestes. Le plafond de la rémunération fixé à 1037 euros ne permet pas en effet de faire face au coût élevé de la vie dans les grandes villes suédoises.

Fausse bonne idée

Rien n'oblige cependant les bénéficiaires de la "friaar" d'utiliser cette année sabbatique à des fins professionnelles, reconversion, formation, création d'entreprise. Ils peuvent voyager, étudier, faire des enfants… à leur guise. L'unique règle du jeu est de ne pas occuper un autre poste salarié pendant ce temps. Le coût pour le gouvernement a été chiffré à 17,3 millions d'euros sur trois ans mais celui-ci compte sur les économies réalisées par la baisse du nombre d'allocataires au chômage. Le but étant évidemment que ces derniers après une première année de travail retrouvent un contrat durable. Gouvernement et patronat ont préféré cette solution à celle de la baisse de la durée du travail, estimant que la Suède n'avait pas les moyens de travailler moins.

"Pourquoi pas si le DRH y trouve son compte et que la personne qui prend le poste d'une autre ait les mêmes compétences", estime le Medef. "Mais, étant donné que le dispositif est payé par de l'argent public, il faut que la personne mette à profit ce temps libre pour améliorer sa formation", tempère le mouvement patronal français qui exclut également toute hausse des charges sociales. "Une fausse bonne idée", estime-t-on officieusement à Force Ouvrière. "Cela risque de ne toucher que les femmes que l'on va écarter du travail ou bien les cadres qui seuls auront les moyens de s'offrir une année sabbatique", juge FO.

Par Sophie Lutrand le 26 août 2004 à 17:45
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