Quand je serai mort, je serai un arbre

Par , le 29 octobre 2004 à 12h18 , mis à jour le 31 octobre 2004 à 22h55

Plus d'un Français sur cinq opte pour la crémation. Certaines familles aimeraient cependant pouvoir se recueillir dans un lieu autre qu'un cimetière. Deux entrepreneurs ont récemment créé les "Arbres de mémoire".

tousaint arbres mémoire

Christian du Colombier est le cofondateur du concept des "Arbres de mémoire". Il a ouvert fin septembre un premier parc à 15 km d'Angers dans le Maine-et-Loire.

tf1.fr : Quel est le principe des "Arbres de mémoire" ?

Christian du Colombier * : Nous sommes partis d'une observation. Dans 7 cas sur 10 lors d'une crémation, l'urne n'est pas disposée au cimetière mais remise à la famille qui pourra soit la conserver, soit disperser les cendres. Souvent, le défunt avait choisi la crémation mais ne s'était pas occupé de la destination des cendres. La famille reste avec ce choix difficile. Et si elle opte pour la dispersion, se pose le problème du lieu de recueillement. Beaucoup de personnes ont besoin d'avoir une trace du défunt, un endroit où se rendre pour honorer sa mémoire. Nous avons, un ami et moi, décidé, de créer une forêt-parc où les urnes seront déposées au pied d'un arbre.

tf1.fr : Pourquoi avoir choisi un arbre ?

C.C : Dans notre région du Maine-et-Loire, il est de tradition de planter un arbre à chaque naissance. Pourquoi pas pour les morts. L'arbre est également symbole de vie, de lien avec la famille, arbre généalogique et avec la nature. Nous nous sommes également aperçus que cela existait déjà en Suède depuis une dizaine d'années et en Allemagne depuis 3 ou 4 ans.

tf1.fr : Qui sont vos premiers clients ?

C.C : Des familles qui conservaient l'urne chez elles et souhaitent avoir un lieu, des personnes âgées qui choisissent cette solution pour eux ou même pour leurs petits-enfants afin que l'arbre grandisse en même temps qu'eux ou bien des personnes qui ne veulent pas laisser de trace mais juste léguer un arbre à la planète.

tf1.fr : Que proposez-vous exactement aux familles de défunts qui ont choisi la crémation ?

C.C : Ce sont les pompes funèbres qui proposent notre option. Les familles viennent à l'endroit du parc (15 km d'Angers), choisissent un jeune arbre que nous avons planté pendant l'hiver et nous informe de leur choix. Ce sont des arbres de 3 à 5 mètres de haut : charme, chêne, hêtre, Erable, nous proposons 12 essences différentes. Le jour de la cérémonie, la famille, accompagnée des personnes des pompes funèbres, vient déposer les cendres dans une urne biodégradable enfouie à quelques centimètres des racines de l'arbre. L'urne n'est pas refermée et symboliquement, l'eau de pluie et le ruissellement permettront aux cendres d'être dispersées dans la terre et de se diffuser dans les racines de l'arbre. Pour les personnes croyantes, l'Eglise autorise les prêtres à venir bénir les cendres sur le parc des arbres de la mémoire.

tf1.fr : A quoi vous engagez-vous et combien cela coûte-t-il ?

C.C : Nous proposons trois durées différentes : 15, 30 et 90 ans. La première formule coûte 2000 €, la deuxième, 3000 € et la dernière 3200€. Le prix comprend l'arbre, l'urne, la surface autour de l'arbre et l'entretien du parc. S'il arrive quelque chose à l'arbre dans les trois ans, nous nous engageons à le remplacer. A titre de comparaison, un columbarium dans un cimetière pour une période de 15 ans coûte de 200 à 1700 € selon les régions. Un concession de 15 ans dans un cimetière revient en moyenne à 3000 €.

tf1.fr : Envisagez-vous d'ouvrir d'autres parcs ?

C.C : Oui, notre objectif est d'ouvrir 24 parcs d'ici à 30 ans. Nous prospectons actuellement dans le sud de la France, dans l'Est et dans le nord.

Quelques chiffres

  • La crémation est autorisée en France depuis le 15 novembre 1887.
  • Elle est choisie dans environ 20% des décès aujourd'hui (contre 0,4% en 1975)
  • Un Français sur deux souhaiterait se faire incinérer à sa mort.
  • L'Alsace et la Provence-Alpes-Côte d'Azur sont les régions où la crémation est la plus choisie.
  • Dans 71% des cas, l'urne est remise à la famille, dans 21% placée dans un columbarium et dans 8% les cendres sont dispersées dans un "jardin du souvenir".
  • En République tchèque, Suisse, au Danemark, en Grande-Bretagne et en Suède, la crémation est choisie dans plus de 70% des cas.
  • Une inhumation coûte environ 3000 euros (hors frais de concession)
Par Sophie Lutrand le 29 octobre 2004 à 12:18
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