"Robien ne se bat pas suffisamment pour les routiers"

Par , le 23 novembre 2004 à 11h06 , mis à jour le 23 novembre 2004 à 12h06

L'Organisation des transporteurs routiers européens accuse le ministre des Transports de ne pas utiliser toutes les possibilités fiscales et sociales du droit européen pour permettre aux transporteurs de résister à la concurrence étrangère.

Routiers transporteurs camions nuit otre © LCI

tf1.fr : L'Organisation des transporteurs routiers européens, fédération de transporteurs dont vous êtes le délégué général, appelle les routiers à "monter" à Paris pour attirer l'attention sur les difficultés que connaît le secteur. Vous avez pourtant bénéficié de mesures du gouvernement en octobre, notamment pour contrer la hausse du gazole. Ce n'est pas suffisant ?

Gilles Mathelié-Guinlet : Nous aurions pu absorber la hausse du fuel si notre secteur n'était pas durablement en crise. Depuis le début de l'année, 10% des entreprises ont déposé le bilan en France. L'année dernière, le nombre de dépôts a augmenté de 11%. En cause ? Ce gouvernement ne fait rien pour permettre aux entreprises françaises de faire face à la concurrence européenne. Il doit faire en sorte que les règles du jeu social et fiscal soient identiques pour tous, y compris nos concurrents espagnols, portugais ou belges.

tf1.fr : En somme, vous réclamez à Paris de convaincre ses 25 partenaires européens d'adopter les mêmes lois qu'en France ?

G. M.-G. : Le gouvernement a su se faire entendre pour défendre Alstom ou pour ses agriculteurs. Robien ne se bat pas suffisamment pour défendre le pavillon français. Il n'utilise même pas toutes les possibilités que lui offre le droit européen. Prenons le cas de la fiscalité sur le carburant. Hors taxes, le prix du fuel en France est le moins cher de l'Union. Il est de 27 centimes d'euro au litre contre 30 centimes en moyenne en Europe. Bruxelles exige l'application d'une taxe minimale de 30,2 euros par hectolitre mais admet des dérogations jusqu'en 2010. Espagnols, Portugais et Belges ne se sont pas gênés : la taxe est chez eux de 28,7 euros. La France aussi a demandé une dérogation… mais seulement pour l'Etat. Les autres paient 38 centimes et bientôt 39,19. Drôle de conception de l'intérêt général !

tf1.fr : Vous déplorez aussi que vos concurrents étrangers soient autorisés à travailler plus longtemps que les routiers français…

G. M.-G. : Là encore, le ministre n'utilise pas les opportunités que lui donne la législation européenne. L'Europe impose un maximum de 90 heures de temps de travail sur deux semaines. Ce temps comprend la conduite effective, le chargement et le déchargement et le temps d'entretien de l'outil. Mais, en France, on compte aussi comme du temps de travail effectif les temps d'attente non prévus. Les chauffeurs français atteignent plus vite le plafond d'heures, donc roulent moins que leurs homologues européens. En nous alignant sur nos concurrents européens, nous gagnerions jusqu'à 20% d'heures, aujourd'hui improductives.

tf1.fr : Certains syndicats de chauffeurs vous accusent de réclamer un démantèlement de la protection sociale sur le temps de travail. Avez-vous l'adhésion de vos chauffeurs ?

G. M.-G. : Ces syndicats tablent sur une relation conflictuelle entre patrons et salariés. Mais plus de 80% des entreprises sont des PME où les chauffeurs veulent se battre pour maintenir leur emploi. Beaucoup d'entre eux voudraient travailler plus et gagner plus. Si nous demandons à ce que le temps de travail imprévisible ne soit plus contenu dans le quota d'heures autorisé, ce n'est pas pour cela qu'il ne doit plus être rémunéré. Il devrait simplement être exonéré de charges pour le salarié et l'entrepreneur. De plus, ces heures doivent continuer à être comptabilisées pour le calcul de la retraite. C'est une proposition gagnant-gagnant.

Par David Straus le 23 novembre 2004 à 11:06
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience