
Après l’annonce, jeudi soir, de l’accord conclu par Marionnaud pour être racheté par le groupe chinois AS Watson, ce dernier a lancé vendredi la première phase de l’opération. Il a annoncé une prochaine offre publique d'achat (OPA) sur 100% du capital du groupe de distribution de parfums, à 21,80 euros par action. L'OPA valorise le groupe Marionnaud à 534 millions d'euros, ce qui conduit le groupe AS Watson, après remboursement de la dette, à régler au total un montant de près de 900 millions d'euros. Son PDG Ian Wade a indiqué qu'il espérait boucler l'opération fin mars et souhaite à terme retirer totalement Marionnaud de la cote.
L'intérêt de Watson pour Marionnaud et ses 1.300 magasins n'est pas surprenant : le Chinois détient déjà plusieurs chaînes d'hygiène-beauté et de parfums en Europe, notamment Superdrug et Savers en Grande-Bretagne et les parfumeries Ici Paris XL aux Pays-Bas et en Belgique. L'acquisition de Marionnaud lui permettra de devenir le premier distributeur de parfums au monde. Selon une source proche du dossier, Watson "est d'ailleurs également en train d'essayer de racheter une chaîne de parfumeries en Russie".
L’offre du groupe chinois AS Watson a été acceptée par la famille Frydman et le Crédit Agricole qui détiennent ensemble 31% de Marionnaud. En revanche, l'Association des petits porteurs actifs (Appac) estime qu'un prix de 21,80 euros par action pour le rachat de Marionnaud par le groupe chinois serait "insuffisant" et conseille aux actionnaires minoritaires de ne pas vendre. "Nous estimons qu'en deux ou trois ans le cours peut atteindre entre 35 et 40 euros. Notre intérêt est donc de ne pas vendre et nous nous battrons pour cela", a déclaré le président de l’Appac, Didier Cornardeau.
La fronde de l'Appac et de l'Adam
Si le PDG Marcel Frydman et sa famille apportent à Watson la totalité de leur participation, ainsi que le Crédit Agricole, le reste, hormis sans doute les 5% détenus par le financier belge Albert Frère, n'est pas acquis, estime Didier Cornardeau. Or, pour pouvoir lancer une offre publique de retrait (OPR) obligatoire - ce qui permettrait au groupe chinois de retirer Marionnaud de la Bourse et d'avoir les mains libres, comme le souhaite Ian Wade - il faut qu'il recueille au minimum 95% des droits de vote, rappelle-t-il. "Il est compréhensible du point de vue de l'acquéreur de tenter d'aller à l'OPR (...) Mais c'est à nous de nous battre en disant que nous ne sommes pas d'accord", ajoute Didier Cornardeau. "Nous règlerons nos comptes ensuite avec la famille Frydman en déposant une plainte pénale pour divulgation de fausses informations et présentation de faux bilan", prévient-il, rappelant que le cours de l'action est passé de 75 euros en 2001 à 55 euros en 2002 et 35 euros en 2003. Le cours est tombé au plus bas à 15,68 euros en décembre à l'annonce d'"erreurs" dans les comptes du premier semestre 2004.
Même écho pour l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) : sa présidente Colette Neuville estime qu'une OPA "ne met pas fin aux recours que peuvent exercer les petits actionnaires". "Ceux qui ont acheté récemment au plus bas vont sans doute apporter leurs titres, mais il y a eu beaucoup de gens qui ont perdu beaucoup d'argent parce que les comptes étaient faux. C'est pourquoi, l'Adam, mandatée notamment par un fonds américain et des petits actionnaires, travaille sur le dossier", a-t-elle indiqué.
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