© DRVous êtes l'élite de la nation, bienvenus dans notre grande école. Fraîchement diplômée d'une des plus prestigieuses écoles de commerce, Sophie Talneau croit que, telle la mer rouge devant Moïse, le monde du travail va s'ouvrir à elle. "On vous rappellera" qui sort aujourd'hui en librairie est le journal de bord d'une jeune diplômée prometteuse qui décrit sa descente aux enfers trois ans après et toujours sans boulot, avec dérision et ironie. Ironie sur elle, ses espoirs, "la vie d'un chômeur diplômé commence toujours par un deuil, celui de ses illusions", écrit-elle mais aussi sur "l'univers du chômeur" : recruteur condescendant voire vicelard, conseillère ANPE moralisatrice, correspondante RMI à tendance sadique… Ne manquent à cet inventaire à la Prévert, que les réactions des (faux ?) amis et ceux de la famille.
Sophie Talneau a commis une faute : elle a démissionné ! Une attitude stigmatisée "enfant gâtée" que sa conseillère ANPE lui fera payer en pistant plus que de raison sa recherche d'emploi. Quant aux entretiens d'embauche, l'auteure dresse un portrait aussi hilarant qu'affligeant des diverses personnalités qui lui a été donné de rencontrer : Il y a celui qui attaque fort :
"-Bonjour mademoiselle.
- Bonjour.
- On dit bonjour monsieur"
Celui qui se prend pour un psy : "Vous savez, je vois chez les candidats ce qu'ils ne veulent pas me montrer. A la fin de cet entretien, je vais vous faire des révélations sur votre personnalité".
Les aigris ne supportant pas les "plus diplômés qu'eux" ou les miss mode qui vous jaugent du haut de leur tailleur-talons aiguilles.
Faute de travail
Dans sa quête du Graal, Sophie Talneau s'est inventé un frère "ingénieur à EDF en région parisienne", parce que, lorsque la jeune femme s'avoue fille unique, elle voit " dans l'œil des recruteurs une méfiance immédiate qui signifie : oh là là, elle va se la jouer perso, elle doit être égoïste, cachottière et soupe au lait. Pas du genre à prêter ses Stabilo !"
Mais dans la dure vie de chômeur, il n'y a pas que les recruteurs. Le soutien plus qu'aléatoire des "aides" à l'emploi mais aussi le mépris des dentistes parce que l'on est à la CMU, la galère de l'intérim, les sorties au théâtre avec le club chômeur. Pour sortir de la solitude, Sophie Talneau adhère à une association de demandeurs d'emplois : "Les semaines où un adhérent décroche un job, on débouche le muscadet, on fait péter les crackers". Après les trois années de galère de cette bac+ 5, pas de happy end. Sophie Talneau n'a pas trouvé d'employeur… mais un éditeur.
Le diplôme n'est pas le sésame Un an après l'obtention d'un diplôme (bac + 4 et plus) 49% des jeunes étaient toujours à la recherche d'un emploi, selon une étude de l'Apec, Agence pour l'emploi des cadres. Et si l'on exclut ceux pour qui l'emploi est garanti (IUFM, détenteur d'un Capes ou d'une agrégation), le taux passe à 51%. 43% d'entre eux sont toujours à la recherche d'un premier emploi tandis que 6% avaient déjà occupé un poste. L'étude montre que un tiers des recrutés a envoyé plus de 50 CV. |
"On vous rappellera, une Bac+5 dans la jungle du recrutement", Sophie Talneau, Hachette Littératures, 16 €
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