Carnivores en voie de disparition ?

Par , le 03 mars 2005 à 17h04 , mis à jour le 03 mars 2005 à 17h10

Les Français mangent de moins en moins de viande, selon une étude du Crédoc. Mais cette baisse de consommation touche davantage les femmes, les jeunes et les catégories sociales aisées.

steak viande boeuf grillade © INTERNE

Nos canines vont-elles finir par s'atrophier et disparaître ? Si l'on considère que ces dents servent avant tout à déchirer la viande quand les molaires la mastiquent, ce n'est pas exclu. Car les Français mangent de moins en moins de viande. La consommation de produits carnés a baissé de 17% entre 1999 et 2003, souligne une étude du Crédoc (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie) pour le CIV (Centre d'information des viandes) publiée jeudi. Et ce sont les volailles et le porc qui connaissent la plus forte désaffection avec respectivement une baisse de consommation de 34% et 26% en 4 ans. La consommation moyenne est de 122 grammes par jour.

Cette évolution n'est pas tout à fait nouvelle. L'étude du Crédoc pointe cependant quelques traits inédits : les hommes sont davantage carnivores que les femmes, les jeunes que les plus âgés, les ouvriers que les cadres. Ainsi, les hommes consomment 25% de viande de plus que la gente féminine, révèle l'étude. Ils en mangent en moyenne 141 grammes par jour quand les femmes se contentent de 106 grammes. Passés 65 ans, la consommation de produits carnés diminue sensiblement tandis que, jusqu'alors elle n'avait cessé de croître. Et le constat est encore plus flagrant pour la viande de bœuf : les personnes âgées en consomment 21 grammes par jour quand la moyenne est de 27 grammes. Erreur car plus on avance en âge et plus les besoins en fer sont importants. Or, la viande rouge est très riche en fer.

Tout fait

Enfin, le "goût pour la bidoche" n'est pas égal devant le porte-monnaie. Contrairement à nos aînés qui pouvaient se priver de viande par manque de moyens, aujourd'hui, ce sont les ouvriers et les employés qui en sont les plus friands. Ceux-ci se situent au-dessus de la moyenne quand les classes les plus aisées, cadres, professions libérales mangent eux moins de 110 grammes de viande par jour. L'étude souligne par ailleurs que "c'est dans les catégories inactifs, cadres, professions libérales et intermédiaires que la consommation de viande a le plus diminué".

Fromage ou dessert ?

A cela, le Crédoc n'avance pas de raison ne seraient-ce des habitudes de consommation qui évoluent. La part de budget consacrée à l'alimentation est de moins en moins important, tandis que celui destiné au logement ou aux transports ne cesse de croître. Par ailleurs, les produits transformés (sodas, entremets, pizzas, sandwiches) sont toujours plus plébiscités. Les repas sont également simplifiés : l'entrée est sacrifiée et l'on se contente le plus souvent d'un plat principal, puis fromage ou dessert. Le temps consacré à la préparation du repas est de 38 min en moyenne pour un dîner soit 25% de moins que cinq ans auparavant.

Certaines viandes semblent également "passées de mode" : la viande de cheval ou le veau sont essentiellement consommées par des personnes âgées. De même, on préfèrera un steak haché à une viande à bouillir qui demande plus de préparation.

Par Sophie Lutrand le 03 mars 2005 à 17:04
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