© Plurielles« Avez-vous vu le reportage sur les cosmétiques ? Moi j’ai jeté mon déo ! Et désormais, j’examine à la loupe tous les composants… ». Les forums féminins et boîtes mails regorgent de messages alarmistes sur ces fameux parabens, des conservateurs présents dans la plupart des cosmétiques.
L’information ne date pourtant pas d’hier, puisque l’étude anglaise à laquelle l’émission faisait référence a été publiée en janvier 2004 dans le Journal of Applied Toxicology.
L’équipe du professeur Darbre (Université de Reading en Angleterre) y révèle la présence de parabens dans 20 tumeurs mammaires, imputable à l’utilisation de déodorants. Les parabens sont des conservateurs très utilisés, aussi bien dans les cosmétiques que dans les aliments et les préparations pharmaceutiques.
L’inquiétude vient de ce que ces composés peuvent mimer les propriétés des oestrogènes (hormones féminines), ce qui pourrait provoquer la croissance de tumeurs cancéreuses du sein.
Une étude qui laisse sceptique
Selon le docteur Marc Espié, directeur du Centre des maladies du sein à l’hôpital Saint Louis, un lien est possible, mais il reste à prouver: « les oestrogènes environnementaux contenus dans les produits industriels (pesticides par exemple) peuvent potentiellement jouer un rôle dans la carcinogénèse (naissance de tumeurs cancéreuses) mammaire. Cette étude apporte une pierre de plus à cette hypothèse qui doit cependant être confirmée ».
Si ces données ne manquent pas d’intérêt, la communauté scientifique demeure sceptique sur le lien de cause à effet. Le nombre très limité de tumeurs étudiées et l’absence de comparaison avec des femmes en bonne santé sont autant de faiblesses qui ne permettent pas de valider les conclusions alarmistes de l’étude.
Les autorités sanitaires sur le pont
Dès la publication de l’étude anglaise, l’AFSSAPS (Agence Française de sécurité sanitaire des produits de santé) a procédé à une nouvelle évaluation des substances incriminées.
Après avoir émis de sérieuses réserves sur la qualité de ladite étude, Arila Pochet, responsable de l’évaluation des produits cosmétiques de l’AFSSAPS, nous en relate les conclusions : « Avec cette réévaluation, nous pouvons affirmer que 2 des 5 parabens les plus couramment utilisés dans les cosmétiques sont irréprochables. Il s’agit des méthylparabens et des éthylparabens. Pour les autres, nous n’avons pas jugé nécessaire de durcir la règlementation dans l'immédiat, car les preuves valables manquent pour affirmer que ces conservateurs posent problème. »
Et d’ajouter qu'il vaut mieux consolider les informations que l’on possède déjà sur les parabens, d’autant plus que les dermatologues les apprécient car ils ne provoquent pas d’allergies.
"Remplacer des composants par d’autres, sous prétexte d’un risque potentiel, demanderait de nouvelles études pour s’assurer que le remède ne soit pas pire que le mal", conclut la spécialiste.
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