"Pas de nouvelle centrale pour 5 jours de froid"

Par , le 01 mars 2005 à 18h38 , mis à jour le 02 mars 2005 à 16h20

Les faiblesses d'EDF et du Réseau de transport d'électricité (RTE) ces derniers jours face au grand froid relancent la polémique entre pro et anti-nucléaires. Jean-Pierre Tabet, chef du service Economie de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, nous livre son éclairage.

electricite centrale nucleaire © INTERNE

tf1.fr : Le réseau de transport d'électricité affirme que "la France va devoir mettre en service de nouvelles capacités de production dès 2008 pour faire face à la demande croissante d'électricité" tandis que l'association Agir pour l'environnement regrette que le RTE veuille "cautionner la relance du nucléaire" en France. Que penser ?

Jean-Pierre Tabet (Ademe*): Je suis surpris du ton et des propos du RTE. Le fait d'avoir un temps exceptionnellement froid pendant cinq jours de l'année ne justifie pas la construction d'une nouvelle centrale. Nous avons, pour ce type de phénomène conjoncturel, deux soupapes de sécurité : l'arrêt des exportations et les importations ( la France a importé 3000 mégawatts lundi, soit 3% de la consommation, auprès de l'Allemagne et de l'Espagne, ndlr). Si l'on considère une année entière, la France exporte beaucoup plus qu'elle n'importe. En 2004, elle a produit 550 Terawattheure, en a consommé 477, en a exporté 90 et importé 29.

tf1.fr : Alors, comment expliquer les coupures d'électricité qui ont eu lieu en Corse ?

J.P Tabet : Les coupures sont le fait du gestionnaire de distribution (en France, à quelques exceptions près, c'est EDF), en fonction de l'électricité dont il dispose. C'est le RTE qui est chargé d'acheminer l'énergie et d'assurer l'équilibre offre-demande instantané. Mais dans le cas de la Corse, le problème vient du fait que l'île n'est pas interconnectée. En cas de pic de consommation ou d'arrêt des centrales locales, la Corse peut s'approvisionner auprès de l'Italie mais en très faible quantité, ce qui explique les coupures de courant.

tf1.fr : EDF a-t-elle failli en sous-estimant les besoins en électricité à cette période de l'année ? 

J.P Tabet : C'est un incident. EDF a sept tranches nucléaires à l'arrêt en ce moment. Historiquement, le pic de consommation nationale se situe le 2ème jeudi de février. Mais ces dernières années, les hivers doux avaient atténué ce pic et les températures remontaient à partir de février. Cette année, EDF a fait un pari et l'a perdu. Mais ça arrive.

tf1.fr : Faut-il pour autant en conclure que la production d'énergie en France est insuffisante ?

J.P Tabet : Il ne faut pas tout confondre. La consommation augmente chaque année d'environ 10 Terawattheures et parallèlement certaines centrales nucléaires vont devoir être arrêtées et démantelées à l'horizon 2020. Mais le RTE a indiqué, dans son programme 2006-2015, qu'il n'y aurait pas de problème majeur d'ici 2015.

Par ailleurs, une directive européenne impose à la France de produire 30 Terawattheures supplémentaires, (l'équivalent de trois centrales) via les énergies renouvelables d'ici 2010. Nous en sommes aujourd'hui à moins d'1 Terawattheure. La question du mode de production d'électricité en France et du renouvellement du parc nucléaire dans les 10 à 15 anjs à venir ne doit pas être polluée par un problème conjoncturel de froid.

NB : l'Ademe est un établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du minstère de l'Environnement, de l'Energie et de la Recherche.

EDF se mobilise

EDF a décidé mercredi de mobiliser ses capacités de production nucléaire, thermique et hydraulique afin de faire face à la vague de froid. Elle a annoncé avoir reporté les arrêts de deux réacteurs nucléaires (Cattenom 1 en Moselle et Tricastin 3 en Rhône-Alpes), qui étaient programmés pour rechargement de combustible. Des moyens de production complémentaires, tels que des turbines à combustion, sont disponibles tandis que EDF a procédé à la marge à des importations d'électricité en provenance de pays voisins, précise le communiqué. Enfin, des interruptions de fourniture d'électricité prévues contractuellement sur les exportations à long terme sont mises en oeuvre, soit un gain de 3.500 mégawatts.

Par Sophie Lutrand le 01 mars 2005 à 18:38
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience