Salaires : la fin de non-recevoir du Medef

le 19 mars 2005 à 14h51 , mis à jour le 19 mars 2005 à 16h03

Après les réticences exprimées par Ernest-Antoine Seillière sur d'éventuelles négociations salariales dans le privé, le vice-président du Medef, Guillaume Sarkozy, a affirmé samedi que de telles négociations n'auront tout simplement pas lieu. Une déclaration qui fait réagir gauche et syndicats.

Guillaume Sarkozy Medef

Jusqu'à présent, le patronat s'est montré assez réticent sur l'ouverture de négociations salariales, tant le Medef, que la CGPME et l'UPA, invitant le gouvernement à ne pas se mêler d'un débat qui n'est pas de son seul ressort, selon eux. Mardi, le président du Medef Ernest-Antoine Seillière, avait ainsi déclaré que "dans le privé, la décision des salaires appartient à l'entreprise". D'ailleurs, avait-t-il martelé, "il n'y a pas d'autorité qui puisse décider des salaires, le Medef moins que personne". Ce samedi, Guillaume Sarkozy a enfoncé le clou : le vice-président du Medef a ainsi affirmé sur Europe 1 qu'il "n'y aura pas en France dans le secteur privé d'ouverture de négociations" sur les salaires. "Cela n'a jamais été et cela ne sera pas. Ce qui existe, par contre, dans les branches, ce sont des négociations sur les salaires minima".

Une déclaration en forme de fin de non-recevoir, au lendemain même d'une réunion entre les partenaires sociaux et le gouvernement sur le sujet. Le ministre délégué aux Relations du travail Gérard Larcher a d'ailleurs annoncé vendredi la tenue d'une réunion, le 10 juin, pour déterminer les secteurs dans lesquels les négociations salariales sont prioritaires. Par ailleurs, mardi, à la demande de Jean-Pierre Raffarin, le ministre de la Fonction publique Renaud Dutreil rouvrira les négociations sur les salaires des 5,2 millions de fonctionnaires, closes en décembre 2004 sur un constat d'échec. Le gouvernement pourrait proposer à cette occasion une augmentation supplémentaire pour 2005, de manière à ce que la revalorisation des salaires soit équivalente à l'inflation prévisionnelle, soit 1,8%.

"Pas de grand manitou qui décide des salaires"

Mais pour le vice-président du Medef, les situations du public et du privé ne sont pas comparables. "Dans le secteur privé en France, il n'existe pas de grand manitou qui, comme dans le public, décide des salaires. Vous avez 2 millions d'entreprises du secteur privé en France, et vous avez donc 2 millions de décisions et de négociations entre le patron et les salariés", a-t-il précisé. "Cela n'a rien à voir avec le sentiment de la population, des salariés en général, d'avoir suffisamment ou pas suffisamment de pouvoir d'achat. Ce sont deux choses différentes: les petites entreprises sur le territoire sont très inquiètes et leur niveau de résultat ne va pas être bon du tout en 2004", a-t-il résumé. Quant aux "grandes entreprises du CAC 40 qui ont fait des profits importants, il y a des syndicats et des comités d'entreprise. Si ces institutions du personnel trouvent que les salaires ne sont pas élevés dans ces entreprises, elles peuvent jouer leur rôle".

Des déclarations plutôt mal accueillies à gauche et du côté des syndicats. La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet a vivement réagi sur TF1. Estimant que c'est "l'ensemble des bas salaires et des salaires moyens qu'il faut augmenter d'urgence" et non pas seulement les minimas sociaux comme le préconise le gouvernement, Mme Buffet s'est exclamée : "qu'est-ce que c'est que ce gouvernement et ce patronat qui ne veulent pas entrendre ce qui monte dans le pays, c'est-à-dire l'aspiration à une augmentation du pouvoir d'achat!". Rémi Jouan, secrétaire national de la CFDT, a estimé pour sa part sur RMC qu'il "n'est pas nécessaire" que Guillaume Sarkozy "jette de l'huile sur le feu".

Photo d'ouverture : Guillaume Sarkozy - archives

le 19 mars 2005 à 14:51
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