
L'information est plutôt mal venue, alors que la Commission européenne a officiellement décidé ce jeudi d'entamer sa procédure d'enquête sur les importations de neuf catégories de textile chinois, qui ont explosé depuis la fin du régime des quotas le 1er janvier. Elle a désormais jusqu'à 60 jours pour examiner les conséquences de cette hausse sur l'industrie européenne, avant d'ouvrir des consultations formelles avec la Chine et, éventuellement, de limiter les importations chinoises. Mais le même jour, un porte-parole de la SNCF, confirmant des informations de L'Est Républicain, indiquait que quelque 25.000 chemises destinées aux contrôleurs de trains et commandées à la suite du changement de logo de la compagnie publique vont être fabriquées... précisément en Chine.
Explication : la SNCF passe par un fournisseur français, Oxbridge. Celui-ci faisait fabriquer jusqu'alors les chemises au Maroc, avant de passer en Chine il y a un an environ. La société nationale a cependant demandé, comme pour le Maroc, un droit de regard et de visite pour vérifier que les conditions sociales et sanitaires de travail sont "conformes à l'éthique d'une entreprise citoyenne". Par ailleurs, "sur l'ensemble de l'uniforme des contrôleurs, seules les chemises sont fabriquées en Chine, le reste est fait en Europe", tient à préciser la SNCF.
"Le marché de l'habillement, pour nous, c'est 100.000 cheminots"
Le choix du fournisseur de la SNCF de s'approvisionner en Chine illustre en tout cas de manière criante l'hémorragie à laquelle doit faire face l'industrie textile européenne face aux importations chinoises. Le mois d'avril a par exemple été meurtrier pour le textile vosgien, avec trois dépôts de bilan et une fermeture, et les chefs d'entreprise pestent contre la lenteur de l'Europe à réagir. "Nous sommes sur le ring de boxe avec les mains liées dans le dos. Nous n'avons pas le temps d'attendre. S'il faut attendre cinq mois (la durée prévisible avant le déclenchement de mesures de limitation, soit 60 jours d'enquête de la Commission et 90 jours de discussions avec la chine) et que 50 % des entreprises aient déposé leur bilan, ce n'est pas la peine", déclare ainsi le fabricant Patrick Decouvelaere. Dans les cas de marchés de grande ampleur comme celui que représente la SNCF, la différence de coût représentée par le choix des textiles chinois est d'autant plus importante. "Le marché de l'habillement, pour nous, c'est 100.000 cheminots d'un coup", notait ainsi mercredi, lors d'une visite en Bourgogne et en Franche-Comté, le directeur général de la SNCF Guillaume Pépy.
En fait, bien au-delà de l'Europe, c'est toute la filière du textile dans le monde qui doit subir la puissance du commerce chinois. Coïncidence : le jour même de l'annonce de l'ouverture d'une enquête par la Commission européenne, une commission gouvernementale américaine acceptait formellement d'examiner les requêtes du secteur textile aux Etats-Unis pour limiter les importations chinoises. Ce comité pour la mise en oeuvre des accords textiles (Committee for the Implementation of Textile Agreements, CITA), une agence inter-gouvernementale présidée par le ministère du commerce, dispose désormais lui aussi de 60 jours pour examiner le dossier et décider éventuellement d'ouvrir des consultations avec les autorités de Pékin.
Photo d'ouverture : atelier textile chinois - DR
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