© INTERNEEurotunnel a clairement indiqué mardi que l'enjeu des prochains mois était "le sauvetage" du groupe franco-britannique, qui risque le dépôt de bilan début 2007, et demandé à ses créanciers d'effacer plus de la moitié de sa dette de 9 milliards d'euros. Le président du conseil d'administration, Jacques Gounon, en fonction depuis deux mois, a évoqué sans ambages la date potentiellement fatidique du premier semestre 2007, à l'occasion de l'annonce d'une perte de 810 millions d'euros pour 2004. "La restructuration de 1998 n'avait fait que repousser le problème d'une dizaine d'années. Depuis lors, tous les analystes savent que le dépôt de bilan est inscrit pour le premier semestre 2007" sans une nouvelle restructuration "drastique" de la dette, a expliqué le président du conseil. En effet le remboursement du capital prévu à compter de cette date ne pourra pas être assuré par les revenus de l'exploitation.
Après avoir accusé une perte de près de 2 milliards en 2003, l'exploitant du tunnel sous la Manche, contraint de passer une provision de 560 millions d'euros, a affiché en 2004 "de mauvais résultats", selon son président, notamment en terme de chiffre d'affaires et de marge d'exploitation. Compte tenu de ces résultats et des échéances futures, le groupe doit plus que jamais renégocier sa dette. "Mauvais résultats, faibles capacités de remboursement", a résumé Jacques Gounon.
Officiellement entrée dans le processus de négociation de la dette le 20 avril dernier pour huit mois, ses créanciers en ayant accepté le principe à une grande majorité, la direction du groupe est partisane d'une ligne de fermeté. "La négociation avec les créanciers sur la restructuration de la dette d'Eurotunnel sera extrêmement dure, mais je suis convaincu que toutes les parties voudront sauver Eurotunnel", a déclaré M. Gounon. Pour lui, il n'y a pas de raison qu'Eurotunnel rembourse une dette évaluée à 9 milliards d'euros dans ses comptes, mais qui a une valeur de marché de 4 milliards. Au-delà de ce niveau, il a donc réclamé "purement et simplement un effacement" de la dette.
Jacques Gounon a en outre mis en avant que deux cabinets d'audit, Toulouze et Deloitte, ont calculé à l'automne 2005 qu'Eurotunnel est en mesure de supporter seulement 3,3 milliards d'euros d'endettement. "Il faut arrêter de fantasmer, Eurotunnel est une société en difficulté, dont la capacité de remboursement n'est certainement pas très élevée au-dessus de 3,3 milliards", a-t-il précisé, en prônant donc de "diviser la dette par trois". Le comité ad hoc des créanciers d'Eurotunnel, qui représente 69% de la dette moins importante, a immédiatement réagi à une proposition de réduction de dette qui n'avait jamais été aussi forte ni aussi précise. Le comité a estimé que cette "suggestion ne sera pas acceptable pour la majorité des créanciers, dont le soutien est nécessaire pour toute restructuration financière".
Il a cependant aussitôt ajouté vouloir "entamer les négociations, dans un esprit constructif tenant compte des réalités économiques". Le président du conseil d'Eurotunnel a lui jugé que les créanciers n'ont intérêt ni au dépôt de bilan, ni à faire jouer le "droit de substitution" qui, en cas de défaut de paiement, leur donnerait la concession et la gestion de l'infrastructure. La prochaine échéance importante pour la direction d'Eurotunnel est l'assemblée générale du 17 juin, au cours de laquelle la nomination de M. Gounon comme président sera soumise au vote des actionnaires.
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