La fin d'une époque chez Renault

Par PE avec AFP, le 28 avril 2005 à 15h17 , mis à jour le 28 avril 2005 à 15h25

Louis Schweitzer cède vendredi les clés de Renault à Carlos Ghosn, patron de Nissan, après 13 ans à la tête du constructeur. Treize ans de mutation industrielle et sociale avec des réussites mais aussi des revers comme le mariage raté avec Volvo et la fermeture de Renault-Vilvoorde.

schweitzer ghosn

Louis Schweitzer, 62 ans, cède vendredi les commandes d'un des poids-lourds de l'industrie européenne après quasiment 20 ans passés chez Renault- dont 13 à sa tête. Le haut fonctionnaire est devenu capitaine d'industrie, la Régie s'est muée en multinationale. Septième Pdg depuis la mort du fondateur Louis Renault, il abandonne donc à Carlos Ghosn, 51 ans, l'homme du renouveau de Nissan, son bureau du quai Le Gallo, à Boulogne-Billancourt. Louis Schweitzer restera cependant président du conseil d'administration du groupe.

Petit-neveu du célèbre docteur Schweitzer et fils d'un directeur du Fonds monétaire international (FMI), ce protestant natif de Genève était taillé pour la haute fonction publique. Après l'ENA, cet inspecteur des finances courtois et réservé, au visage mangé de grosses lunettes d'écaille, s'est d'abord retrouvé sous-directeur à la direction du Budget en 1979. C'est "par hasard", a-t-il confié plus tard, qu'il est ensuite amené à travailler pendant cinq ans dans l'ombre de Laurent Fabius comme directeur de cabinet au Budget, puis à l'Industrie et à Matignon enfin.

"Une révolution française" 

Un peu "par hasard" encore qu'il est arrivé, le 1er mai 1986, au lendemain d'élections législatives perdues par la gauche, aux côtés de Georges Besse chez Renault. Un monde où cet opiniâtre a rapidement conquis une place, au point de devenir le dauphin de Raymond Lévy puis son successeur. Et d'accompagner, de la privatisation de l'ex-Régie à son internationalisation, "une révolution française", selon le sous-titre d'un récent livre consacré à l'histoire récente de Renault. Industrielle, avec le recentrage sur la fabrication de voitures, la mutation a aussi été sociale sous George Besse et Raymond Lévy, comme en témoigne l'abandon en 1990 du statut de Régie nationale pour celui de société anonyme. Une mutation poursuivie par le pragmatique Louis Schweitzer, avec la privatisation de Renault en 1996, douloureusement marquée par la fermeture brutale de l'usine belge de Vilvoorde en 1997 et ses 3.000 licenciements. Cette décision figure parmi les deux moments les plus durs de ses années de Pdg, a-t-il affirmé lors de la présentation de ses derniers résultats, après avoir évoqué, en premier, le mariage raté avec le suédois Volvo en 1993.

Stratège, Louis Schweitzer a aussi repoussé les frontières d'un constructeur très franco-français, avec la conquête de marchés en Europe de l'Est, en Amérique latine mais aussi en Asie. Renault a ainsi racheté le coréen Samsung avant de s'allier avec le japonais Nissan, redressé par Carlos Ghosn. Et il a acquis le roumain Dacia, chargé de débuter la fabrication de la fameuse Logan.

Côté véhicules, la présidence Schweitzer aura connu des hauts et quelques bas : les succès de la Clio, de la Mégane Scenic, la continuation de l'odyssée de l'Espace mais aussi des échecs notamment sur le créneau haut de gamme avec la Vel Satis et le coupé Avantime.

La CGT "jugera sur pièces"

"La CGT jugera sur pièces les actes et leurs conséquences sociales", a écrit jeudi dans un communiqué le premier syndicat de Renault, selon lequel M. Ghosn "doit accompagner les choix stratégiques du groupe par une prise en compte d'une réelle amélioration des conditions sociales". La CGT demande notamment le "renforcement de l'emploi" et dénonce "la mise en concurrence des salariés du groupe et des sites du groupe".

Elle voit dans le nouveau patron de Renault "un homme qui a déjà servi les exigences du monde financier chez Michelin, en fermant des sites de production, participant aux décisions de Vilvoorde et reproduisant les méthodes Renault chez Nissan". Selon le syndicat son prédécesseur, Louis Schweitzer, est "l'homme qui a géré l'ouverture du capital et la privatisation de Renault", et "l'homme de la fermeture de Vilvoorde".

(Photo AFP : Toshifumi Katamura)

Par PE avec AFP le 28 avril 2005 à 15:17
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