Fin de grève à la SNCM

le 28 avril 2005 à 16h46 , mis à jour le 28 avril 2005 à 19h52

Les grévistes de la Société Nationale Corse-Méditerranée ont voté jeudi la fin du mouvement. Mais les plaies seront difficiles à panser dans une compagnie dont la situation financière est précaire.

manif marins sncm bateau bloque © INTERNE

Plus de deux semaines d'un conflit très dur ont officiellement pris fin ce jeudi. Les marins CGT de la Société Nationale Corse-Méditerranée (SNCM) ont voté la fin de la grève à Marseille, à l'issue d'une assemblée générale. La CGT a affirmé avoir obtenu de la direction qu'aucune sanction disciplinaire individuelle ne serait prise à l'encontre de grévistes, à l'exception de ceux qui auraient commis des actes considérés comme délictueux par la justice qui toutefois ne seraient pas exposés à un licenciement. Une exigence motivée par des déclarations faites la veille par la direction de la compagnie, qui avait annoncé son intention de prendre des sanctions contre certains grévistes qui avaient prié les officiers de quitter les cinq navires à quai à Marseille, le 18 et 19 avril, un acte qualifié de "mutinerie" par le PDG de la SNCM Bruno Vergobbi.

En ce qui concerne le motif principal de la grève, la mise en place du Registre international français (RIF), assimilé à un pavillon de complaisance par les grévistes, la situation semble donc aussi être débloquée. Reçus lundi à Paris au secrétariat d'Etat à la Mer, les représentants des grévistes avaient notamment obtenu des engagements écrits du gouvernement sur le fait que le RIF ne s'appliquerait pas aux navires desservant la Corse et le Maghreb, une de leurs principales revendications. Cet engagement devrait être confirmé juridiquement sous la forme d'un "accord de branche" entre les fédérations syndicales et les "Armateurs de France" (patronat), selon une lettre du préfet de région, Christian Frémont, qui a reçu à plusieurs reprises les grévistes à Marseille durant la grève.

"L'éventualité de la mort de la SNCM"

Presque totalement paralysé depuis le début du conflit, le trafic de la compagnie publique devait reprendre progressivement dès jeudi soir, avec un premier départ à minuit du Napoléon Bonaparte de Bastia vers Marseille. Les autres traversées au départ de la cité phocéenne vers différents ports corses reprendront vendredi, avec un premier départ vers le Maghreb le lendemain, selon la direction.

Reste que ce conflit laissera des traces dans une compagnie maritime en perte de vitesse face à la concurrence. La SNCM, chargée d'assurer les liaisons avec la Corse, l'Algérie et la Tunisie, connaît depuis l'an dernier de graves difficultés financières. Pour 2004, ses pertes devraient s'établir à 25,6 millions d'euros, selon les indications de la compagnie. Le secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer, François Goulard les a chiffrées à 60 millions d'euros pour fin 2005. Ces montants sont à mettre en regard avec le chiffre d'affaires de la compagnie, lui-même en baisse : 217,2 millions en 2003, 195,8 millions en 2004. La grande rivale, Corsica Ferries, qui assure les liaisons avec la Corse depuis Nice et Toulon, a dépassé en 2004 la SNCM, avec 1.080.000 passagers.

Evoquant clairement l'impact de la grève, le ministre des Transports Gilles de Robien a mis en garde contre les risques de faillite, parlant de "mouvement suicidaire". "L'éventualité de la mort de la SNCM est dorénavant concevable", ont quant à eux averti les syndicats d'officiers de la compagnie, qui ont qualifié le mouvement de "partie de poker entre un secrétaire d'Etat ultra-libéral et des marins désespérés".

Le Conseil constitutionnel valide le RIF

Le Conseil constitutionnel a validé jeudi la loi créant un Registre international français (RIF), destiné à enrayer le déclin de la flotte marchande française, rejetant un recours déposé le 20 avril par les groupes parlementaires PS. Il souligne notamment que les marins employés à bord des navires immatriculés au RIF bénéficieront des dispositions identiques à celles du code du travail maritime français en matière de repos quotidien et hebdomadaire, de congés, de liberté syndicale et de droit de grève, mais aussi de santé et de sécurité au travail.

Photo d'ouverture : navire de la SNCM bloqué par la grève - archives

le 28 avril 2005 à 16:46
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