
Les jours de grève se suivent à la SNCM et la situation se tend un peu plus à chaque heure. Le préfet de la région PACA, Christian Frémont, s'efforce de jouer les médiateurs et a proposé mercredi aux grévistes la tenue d'une table ronde en échange de la reprise du travail. Il a précisé que cette table ronde, fin avril ou début mai à Marseille, pourrait être précédée d'une réunion jeudi à Paris entre le directeur de cabinet du secrétaire d'Etat à la mer François Goulard, et des syndicalistes, afin de définir les thèmes de ces discussions.
Soumise à quelque 200 grévistes dans la soirée lors d'une assemblée générale, la proposition de la préfecture a été rejetée à main levée. "L'assemblée générale a fait le choix de ne pas reprendre le travail dans les conditions proposées par le gouvernement", a déclaré Jean-Paul Israël, secrétaire général des marins CGT de Marseille. Une nouvelle assemblée générale des marins est prévue jeudi matin pour décider des futures actions dans le cadre de la grève. Plusieurs d'entre eux, à l'issue de l'assemblée générale qu'ils ont qualifiée de "houleuse", ne cachaient pas leur déception. "C'est l'issue d'un vote démocratique, mais on rejette une réunion qu'on réclamait depuis huit jours", s'est exclamé l'un d'eux.
Cette médiation semblait pourtant devenue nécessaire dans un conflit qui s'envenime. Mardi, 8e jour de grève à la SNCM, avait déjà été marqué par des affrontements entre CRS et grévistes en plein port autonome de Marseille. Mercredi, alors que les liaisons Corse-continent restaient extrêmement perturbées à la fureur des insulaires, la direction de la compagnie a franchi un nouveau pas dans l'épreuve de force. Le siège marseillais de la société a été fermé et les salariés non-grévistes "mis en congé".
"Nous poursuivons l'occupation"
Dans un communiqué, la direction a fait valoir que l'entreprise était "totalement désorganisée" par la grève et que "la sécurité de ses clients ou de ses personnels" ne pouvait être garantie. Dans un entretien au quotidien La Provence, le PDG Bruno Vergobbi a pour sa part qualifié la situation d'"insurrectionnelle" et évoqué le "climat de violence" sur les navires SNCM. "Les officiers ont été sommés de quitter le bord (...) Dans la marine, cela s'appelle une mutinerie (...) nous vivons dans la désorganisation la plus totale, avec des menaces, ce qui m'a amené à demander aux employés sédentaires de rester chez eux". La compagnie s'est refusée cependant à parler de "lock-out", comme les syndicats furieux.
Autre signe de la tension générée par ce bras-de-fer qui s'éternise, un salarié de la SNCM, soupçonné d'avoir participé à des dégradations dans la nuit du 13 au 14 avril dans le bureau d'un sous-directeur de la compagnie nationale, a été mis en examen mardi. L'homme, identifié par ses empreintes digitales, nie sa participation aux incidents et a seulement reconnu être passé dans le bureau en partie saccagé par une quinzaine de personnes.
Les grévistes protestent contre l'adoption du RIF (registre international français), assimilé à un pavillon de complaisance, qui permettra l'embauche de 75% de marins non-européens. S'ajoutent à cela les préoccupations des salariés de la SNCM, en grave difficulté financière et pour laquelle le gouvernement cherche des investisseurs privés.
Photo d'ouverture : sur le port autonome de Marseille, mardi, la fumée des brasiers allumés par les grévistes devant un navire SNCM - DR
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