Union sacrée contre les textiles chinois

le 25 avril 2005 à 20h21 , mis à jour le 25 avril 2005 à 22h45

Syndicats, patronat, politiques : tous, en France, réclament de l'Europe des mesures urgentes pour stopper le déferlement des textiles chinois. Le gouvernement a confirmé lundi qu'il compte envoyer à la Commission européenne une demande écrite dans ce sens.

textile_atelier_france

C'est désormais officiel : le ministère de l'Industrie a annoncé lundi en fin d'après-midi que la France allait demander à la Commission européenne, "d'ici mardi", par écrit, de prendre des mesures de sauvegarde contre la déferlante de produits chinois. Une décision répondant à des demandes urgentes...  "Nous exigeons l'application immédiate des clauses de sauvegarde pour faire barrage à cette invasion", déclarait quelques heures plus tôt Jack Lang, porte-parole du PS dans la campagne référendaire, en marge du lancement d'une caravane de jeunes européens pour le "oui" au traité constitutionnel européen. Et le matin même, le vice-président du Medef et président de l'Union des industries textiles (UIT), Guillaume Sarkozy, pressait encore le gouvernement "d'écrire" à la Commission pour réclamer "en urgence" un plafonnement des exportations conformément à une clause figurant dans le protocole d'adhésion de la Chine à l'OMC. Le responsable du Medef a évalué le nombre d'emplois menacés en France à "15.000 à 20.000 en 2005", sur un total d'environ 150.000, avouant que "personne" n'avait prévu une telle explosion.

La CGT a avancé des chiffres plus inquiétants encore, pronostiquant la perte en France de 24.000 emplois d'ici fin 2005 dans la branche textile, habillement et cuir. Elle a également demandé à Bruxelles de faire jouer sans délai la clause de sauvegarde. "La Commission a assez d'éléments pour limiter les importations sur une douzaine de produits. L'Europe doit arrêter de perdre du temps", a déclaré Mourad Rabhi, secrétaire général de la fédération CGT du textile. Selon le responsable CGT, "le gouvernement français doit arrêter de faire du troc avec nos branches, en vendant des Airbus à la Chine moyennant des importations de textile... Il faut cesser ce double discours".

"Le sentiment d'être une monnaie d'échange"

De son côté, la fédération CFDT du textile a demandé, dans un communiqué, au gouvernement "d'intervenir avec force auprès de la Commission européenne, particulièrement envers" le président José Manuel Durao Barroso, et le commissaire au Commerce Peter Mandelson. La CFDT juge la Commission "timide et peu incisive à prendre les mesures nécessaires à la conservation d'une industrie", et estime que le gouvernement français doit pousser Bruxelles à aller "plus loin et plus rapidement" dans les mesures de sauvegarde, que les Etats-Unis ont, eux, adopté "il y a plus d'un an".

Mais si l'ensemble des acteurs partageaient les mêmes perspectives pour l'emploi, les syndicats, à l'instar de la CFTC, ont souligné qu'ils tirent en vain la sonnette d'alarme "depuis dix ans". "Les gouvernements successifs ont préféré laissé courir... on a le sentiment d'être une monnaie d'échange", a déploré Serge Reutenauer, pour la CFTC-Textile. La CGT-Textile a dénoncé la "stratégie patronale de délocalisation vers les pays du Maghreb notamment", mise en place depuis plusieurs années pour anticiper la déferlante, mais qui "ne tient plus". "Aujourd'hui, les patrons s'insurgent de la même manière que nous, mais il y a trois ans, Guillaume Sarkozy vantait les délocalisations", a regretté Mourad Rabhi.

Photo d'ouverture : atelier textile français - DR

le 25 avril 2005 à 20:21
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