L'esclavage, loin d'être éradiqué

le 11 mai 2005 à 11h07 , mis à jour le 11 mai 2005 à 15h28

Plus de 12 millions de personnes sont victimes de travail forcé selon un rapport inédit du Bureau International du Travail. Cette contrainte pèse essentiellement sur l'Asie et l'Amérique du sud mais n'est pas inexistante en Europe.

ouvrier employé usine atelier emploi travail (LCI) © INTERNE

Deux chiffres éloquents : 12,3 millions de personnes au moins sont victimes du travail forcé dans le monde et rapportent 32 milliards de dollars par an à ceux qui les exploitent.  Le Bureau international du travail (BIT) publie un rapport intitulé "Une alliance mondiale contre le travail forcé". Selon lui, ce "fléau social" concerne surtout l'Asie avec 9,5 millions de travailleurs forcés mais se développe en toute impunité partout dans le monde. L'Amérique latine et les Caraïbes en comptent 1,3 million, l'Afrique subsaharienne 660.000, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord 260.000. Les "pays industrialisés" ne sont cependant pas épargnés avec 360.000 travailleurs forcés et 210.000 dans les économies en transition. 56% des travailleurs forcés sont des femmes et des filles et 40% environ des enfants de moins de 18 ans.

Mais qu'est-ce qu'un "travailleur forcé" ? La notion est définie par une convention internationale comme toute forme de travail non volontaire imposée sous la menace d'une sanction. Cette définition inclut aussi bien les détenus des camps de travail que la servitude pour dettes ou les travailleurs dont les patrons retiennent les salaires ou les papiers d'identité pour les empêcher de partir. Selon le rapport, la plupart des victimes sont exploitées par un agent privé, notamment comme domestiques ou ouvriers agricoles, et 2,4 millions sont victimes de la traite des êtres humains.

Sous-traitance

"Il n'y a pratiquement aucune enquête ni aucune poursuite dans le monde" contre les responsables, déplore Roger Plant, qui a dirigé l'étude. En Asie, le principal problème est celui des pauvres qui s'endettent et sont forcés de travailler pour leurs créanciers, principalement au Népal, en Inde et au Pakistan.

Si pour l'essentiel le travail forcé dans le secteur privé est une activité clandestine, il s'insinue dans l'économie traditionnelle par le biais de la sous-traitance, la tendance générale étant à réduire au maximum le coût du travail pour accroître la compétitivité. "Nous avons identifié des secteurs où le travail forcé risque de s'insérer dans la chaîne d'approvisionnement de groupes privés, y compris de très grands groupes", a déclaré Roger Plant.

Le rapport signale également le rôle joué par la migration, en particulier clandestine, et souligne que les contrôles inadaptés des agences de recrutement et des systèmes de sous-traitances, ainsi que la faiblesse de l'inspection du travail favorisent le travail forcé. Le rapport , qui sera discuté lors de la Conférence internationale du travail en juin prochain, appelle les gouvernements à renforcer l'arsenal législatif contre cette forme d'exploitation et à s'attaquer "aux racines du travail forcé, comme les systèmes agraires démodés ou les dysfonctionnements du marché du travail".

le 11 mai 2005 à 11:07
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