© LCIRien ne sert de courir faire le plein. Le gouvernement et la direction de Total se veulent rassurants : la grève entraîne effectivement le blocage et la fermeture des raffineries mais des solutions ont été trouvées. La pénurie ne serait pas une menace tangible, en tout cas pour le moment. Des discussions sont entamées : syndicats et direction de Total se sont retrouvés ce vendredi à 17 heures à La Défense, pour tenter de négocier une sortie de conflit. "On positive, car c'est le premier contact qu'on a depuis cinq jours. On va porter haut et fort les revendications des salariés, qui sont déterminés", a déclaré François Pelegrina, coordinateur CFDT du groupe, peu avant le début des négociations.
Deux raffineries de la compagnie pétrolière, celle de Donges en Loire-Atlantique et Feyzin dans le Rhône, étaient "totalement à l'arrêt" vendredi. Les trois autres raffineries en grève, celles de Mède (Bouches-du-Rhône), Grandpuits (Seine-et-Marne) et Gonfreville l'Orcher, près du Havre (Seine Maritime) sont en "manoeuvres d'arrêt", avec "quelques unités" seulement encore en activité. Le mouvement touche cinq des six raffineries que le groupe pétrolier, premier raffineur européen, exploite en France. Seule la raffinerie de Mardyck dans le Nord, d'une capacité de 160.000 barils par jour, fonctionne normalement.
Pas d'urgence
"On s'organise pour qu'il n'y ait pas rupture d'approvisionnement. C'est important que les gens sachent qu'ils n'ont pas à se ruer sur les pompes", a déclaré une porte-parole de Total. Une volonté de dédramatisation qui se comprend lorsqu'on sait que le groupe possède 6 des 12 raffineries de pétrole en France, soit 50% de la capacité de raffinage, et "22% de part de marché de la distribution". "Il n'y a pas de risque de rupture sur le court terme. Nous avons une visibilité jusqu'au milieu de la semaine prochaine. Nous sommes en veille, et non pas en situation d'urgence", a-t-on renchéri jeudi soir à Bercy. Et Jean-Pierre Raffarin, interrogé sur France 3 Normandie, s'est dit "confiant" dans le fait que l'on "puisse éviter par le dialogue social la pénurie".
Des négociations devaient s'ouvrir avec la direction vendredi à 17h à La Défense, au siège parisien du groupe, selon la CGT. Interrogée par l'AFP, la direction n'a pas été en mesure de confirmer immédiatement cette information. La grève serait suivie par "plus de 98% du personnel" et "les stations-service du réseau vivent leurs dernières gouttes de carburants, les dépôts n'étant plus alimentés par les raffineries", toujours selon la CFDT. Au-delà des menaces sur le carburant, "c'est toute l'activité économique liée au pétrole qui est touchée", affirme le syndicat. Ainsi, l'usine de lubrifiants de Rouen "arrêtera de fonctionner dans quelques heures, par manque d'huiles de base en provenance de la raffinerie" de Normandie. "Les chaînes de montage des usines Renault pourraient être amenées à s'arrêter, faute de stocks d'huiles suffisants", ajoute le syndicat.
Salariés contre actionnaires
La CGT, rejointe par la CFDT, FO ou Sud dans certains sites, avait appelé à la grève lundi pour dénoncer la "décision unilatérale" de la direction de supprimer le lundi férié de Pentecôte pour les travailleurs de jour et de retirer une journée de RTT pour les travailleurs postés (3X8) dans le cadre de la journée de solidarité. Les revendications portent également sur l'emploi et les salaires. Mardi, l'annonce par le PDG Thierry Desmarest aux actionnaires d'une "hausse de 15% de leurs dividendes a mis le feu aux poudres", selon la CGT. "Total a les moyens de payer la journée de solidarité sans augmenter la durée du travail de ses salariés".
Photo : raffinerie de pétrole du groupe Total dans les Bouches-du-Rhône
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