
Neuf heures du matin, devant l'entrée du salon du Bourget, en région parisienne. Du classique à rayures noires et grises au plus printanier croisé couleur olive, des centaines de costards-cravates s'extirpent des navettes chargées de faire la liaison entre la gare RER et l'aéroport. En attendant de franchir les portiques de sécurité, on échange des amabilités : là en français, ici en anglais ou en allemand, plus loin en russe, en japonais... Clients, exposants, invités, tous sont des professionnels de l'aviation venus du monde entier pour participer au 46eme salon mondial de l'aéronautique. A la question " quel avion êtes-vous venu voir ? ", la réponse, unanime, fuse : " l'A380 ! ". Pour trouver le stand où s'expose le dernier-né de la gamme Airbus, nul besoin de demander son chemin, il suffit de suivre la foule.
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| Devant l'A380, les professionnels deviennent touristes |
Placé à une vingtaine de mètres derrière la queue du mastondonte, Thierry, officier-naviguant dans l'armée de l'air, tient son téléphone portable à bout de bras " Je l'ai ! Génial ! ", s'enthousiasme-t-il en regardant ensuite l'écran de son mobile sur lequel apparaît la photo de l'Airbus. "Des adjectifs pour parler de cet avion ? Comment dire... c'est magique, merveilleux, et un peu monstrueux en même temps. Est-ce que vous avez vu son angle de décollage pendant les démonstrations ? Il est bien plus pentu qu'un avion civil normal, c'est dire la puissance qu'il doit y avoir dans ses moteurs".
Victor, lui, est commercial dans une entreprise spécialisée dans la fabrication de cockpit. Comme tout le monde, il est venu admirer la vedette. "Sa taille, ses formes, tout est impressionnant ! Je suis sûr que cet avion long courrier c'est l'avenir. Il va faire évoluer l'aviation, obliger les aéroports à se moderniser et créer un coût de transport plus abordable. En même temps, confesse-t-il, je trouve cela un peu effrayant d'imaginer qu'en cas de crash, c'est 800 personnes qui disparaîtront d'un coup...". Sur cette note un peu pessimiste un collègue le rejoint. Il vient de voir le 777 du rival américain Boeing, parqué à quelques mètres de là. "C'est une souris à côte de l'A380 ! C'est à peine si on le voit quand on passe devant, d'ailleurs personne ne s'arrête !", commente-t-il sur un ton un brin chauvin.
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| Jean-Paul et Michel |
Accoudés sur les barrières de sécurité qui entourent l'A380, deux compères à la retraite bavardent tranquillement, protégés du soleil par l'ombre dessinée au sol par l'aile de l'avion. " C'est impressionnant et beau à la fois. Cette hauteur. Cette envergure", s'extasie Jean-Paul, ancien secrétaire-comptable au ministère de la Défense, aujourd'hui invité par Dassault Aviation. "Il est quand même plus court que l'A340", note-t-il. "Normal, puisqu'il a deux ponts !", lui répond du tac-au-tac son ami Michel, ex-professeur de technique. Et ce dernier, visiblement très calé sur les spécificités de cet avion, de poursuivre : "Je suis épaté par le système d'assemblage des pièces. Il a été réalisé par soudures laser. Il n'y a presque plus de rivets maintenant, hormis sous les ailes, juste là". Encore bardé d'instruments de mesures pour effectuer les essais, l'avion ne peut être visité. Déçus ? "On le savait en venant, mais peu importe, clament-ils de conserve. On sera les premiers à acheter des billets quand l'avion sera en service ! ". Rendez-vous à bord... fin 2006.
Réservé aux professionnels jusqu'à jeudi soir, le salon ouvrira ses portes au grand public dès vendredi matin.
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