
Après les sept morts causées par deux accidents distincts impliquant des poids lourds samedi, dont l'un a provoqué un incendie dans le tunnel du Fréjus, syndicats, usagers des transports et opposition ont élevé la voix pour réclamer une "autre politique des transports". Un camion de pneumatiques en feu a causé un incendie qui s'est étendu à plusieurs véhicules dans le tunnel du Fréjus, entre l'Italie et la France, tuant deux chauffeurs routiers slovènes, samedi après-midi. Le même jour, cinq personnes sont mortes et quatre ont été blessées sur l'autoroute A7 dans le Vaucluse, après une sortie de route inexpliquée d'un camion espagnol. Le ministre des Transports, Dominique Perben, qui s'est rendu au tunnel de Fréjus dimanche matin, a jugé que "le plan de secours avait bien fonctionné", et a appelé à "renforcer la politique de sécurité routière".
Mais de nombreuses voix se sont élevées, dès dimanche, pour réclamer une "autre politique des transports". Pour le PS, celle-ci passe par le développement du ferroutage et la réalisation "dans les plus brefs délais" de la liaison ferroviaire Lyon-Turin. Côté syndical, Didier Le Reste (CGT-Cheminots) a jugé "urgent de reconsidérer" le plan fret de la SNCF, qui a mis "plus de 200.000 camions supplémentaires sur les routes" en 2004. Ce plan, qui vise à redresser à l'horizon 2006 une activité fortement déficitaire et ouverte à la concurrence, se traduit par une réduction de l'activité, qui accroît "l'engorgement des routes", selon Didier Le Reste.
L'Etat "prisonnier du lobby routier"
A FO-Transports, on estime que "faire du tout routier le développement normal du transport", et allonger le temps de travail des routiers, "augmente les risques" conduisant à de telles "catastrophes". FO-Transport demande sur ce point au ministre de "revoir le décret paru le 1er avril". Ce décret, qui transpose en droit français deux directives européennes, a changé le calcul de la durée hebdomadaire du travail des conducteurs, avec pour effet de faire perdre aux routiers de nombreux jours de repos compensateurs.
Pour la fédération des usagers des transports publics (FUT), l'accident du tunnel du Fréjus "prouve" que l'Etat, "prisonnier du lobby routier et de l'idéologie libérale", ne prend pas les mesures de sécurité nécessaires. Selon la FUT, il faut interdire le passage des transports de matières dangereuses dans les tunnels, faire un "contrôle rigoureux" des poids lourds et des "conditions de travail des chauffeurs", et donner une "priorité réelle au développement du fret ferroviaire".
Pour la FNAUT enfin (Fédération nationale des associations d'usagers des transports), les pouvoirs publics n'ont pas tiré tous les enseignements de la catastrophe du tunnel du Mont-Blanc en 1999, provoquée par l'incendie d'un camion semi-remorque, qui avait fait 39 morts. "Au lieu de foncer dans le ferroviaire, on a au contraire réaménagé le tunnel du Mont-Blanc et on a fait des travaux de sécurité sur le Fréjus. On a vu ce que cela a donné", estime Jean Sivardière, son président. Selon lui, le transfert du transport de marchandises de la route au rail est une "évidence écologique", tant pour des raisons d'économie d'énergie" que pour réduire le réchauffement climatique.
Photo d'ouverture : carcasse de camion calcinée dans le tunnel du Fréjus - DR
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