© DRGrande fille toute simple, Céline Burlet a inventé un nouveau métier : écrivain public des temps modernes ? Monteuse de films intimes ? "Embellisseuse" de souvenirs ? Si le service que propose la jeune femme est simple et promis à un avenir certain, son intitulé est encore à inventer. Elle propose de récupérer les souvenirs entassés sur des kilomètres de cassettes vidéo et de les monter en de petits films courts.
"Mon père était un adepte des films en super 8. Ce format était génial car tout devait tenir en trois minutes ce qui obligeait les gens à filmer de petites saynètes", explique la tout juste trentenaire aux yeux délavés et cheveux de paille, façon Rimbaud. L'ère des caméscopes a fait voler en éclats toute retenue. Résultats : dans les cartons, trois heures de communion du cousin Joël, six heures de Seychelles... que personne ne regardera jamais, sauf sous la contrainte". "L'amour ne se mesure pas en kilomètres de bandes magnétiques". La jeune femme montre fièrement le film de la première année de sa fille Lucille : 3 minutes 30 tout compris. Le temps d'une chanson, celle de Noir Désir, "A l'endroit, à l'envers", dont les paroles collent parfaitement bien aux premiers gestes mal assurés du bébé.
Le chômage la transforme en entrepreneur
Céline Burlet a des restes de timidité qu'une voix grave et nonchalante à la Sandrine Kiberlain vient pourtant nuancer. Un temps spécialisé dans les images de synthèse, elle fait partie de la longue liste de victimes de l'éclatement de la bulle internet. "Licenciée économique", Céline prend son bâton de pèlerin, son plus beau CV et sonne à la porte des entreprises. Ses rondeurs naissantes -elle attend son deuxième enfant- ne l'aident sans doute pas à convaincre les employeurs. "Trois mois avant mon congé maternité, j'ai eu une sorte de déclic. Je n'avais jamais rêvé devenir chef d'entreprise mais j'étais à un tournant de ma vie, de ma carrière... et au chômage". Tiraillée depuis toujours entre l'art et la technique -"ma mère a fait les Beaux-arts et mon père est ingénieur informatique", elle s'invente un créneau. Ce qu'elle fait depuis toujours pour elle ou ses proches, elle le propose désormais aux autres. Une formation accélérée de "création d'activité", un business plan et une étude de marché rondement ficelés et elle met sur pieds sa société en 2004, Cibimage. Dans la foulée, elle met au monde un petit garçon, Pierre, et lance réellement son activité en janvier 2005.
Film "cadeau d'anniversaire" pour une sœur, un père, une aïeul, film de "vacances", de "voyages de classe", de "naissance" ou encore de "colloque d'entreprises", Céline touche à tout. Récemment, elle a monté un film pour les 40 ans de Martine. "Sa sœur m'a dit qu'elle était fan de l'émission d'Ardisson, j'ai donc monté les films d'enfance, les photos anciennes et les vidéos récentes sur des musiques de 'Tout le monde en parle', en reprenant également l'habillage de l'émission... ". La musique est essentielle pour créer l'ambiance. "On ne dit souvent jamais rien de très intéressant sur une vidéo : 'pousse-toi tu es dans mon champ', "Joyeux anniversaire Pierrot", "Romain, souris à la caméra ! La couvrir d'une musique fait souvent mieux ressentir l'atmosphère, la couleur d'un souvenir", estime-t-elle.
"Photoshopeuse" de souvenirs
Pour les 85 ans de Simone, ses enfants et petits-enfants ont demandé à Céline de retracer le "film de sa vie". Photos en noir et blanc, arbre généalogique avec photomatons, musique d'époque... Céline tricote et assemble les éléments d'une vie. Une sorte de biographie en images qui ravira sans doute l'octogénaire et restera dans la famille comme un témoignage, une trace.
Sur des images d'enfants, elle applique un halo de lumière, un rythme de défilement proche de celui du super 8 (toujours !), de fausses poussières qui donnent un charme désuet aux images parfois crues et sans relief des caméscopes. Elle scénarise les souvenirs : "il faut trouver le détail, l'enchaînement, la scène qui va faire rire tout le monde". Et fait mouche. Les gens l'appellent pour la remercier. "Quand j'étais chef de projet multimédia, jamais personne ne m'appelait pour me féliciter".
Cet étrange métier, elle l'exerce de chez elle, au sommet d'une tour métallique du 20e arrondissement à Paris. Un ordinateur portable dans la chambre, un lecteur de DVD dans le salon et, partout sur les murs blancs de son trois pièces, des photos de vacances à la mer, de rires d'enfants dans une piscine. Du soleil, beaucoup. Même si ce ne sont pas ses images, Céline aime les triturer pour en tirer le meilleur. "Récemment, j'ai réalisé le film d'un voyage à New York d'un groupe d'handicapés mentaux. C'était très émouvant". Elle aime raconter la vie des gens. Davantage avec le regard de l'artiste ou du peintre que celui du documentariste : je mets en valeur, je retouche, j'arrange... Je 'photoshop' les souvenirs", sourit la jeune entrepreneuse. Et fait des miracles en réussissant à rendre regardable et même presque attrayant un colloque d'entreprise où le caméraman lui-même avait du s'ennuyer ferme.
Intime
Sa cible ? "Je m'adresse au genre de personnes qui font des albums plutôt que de laisser les photos en vrac dans les pochettes, à ceux qui ont envie d'organiser leurs souvenirs mais pas la technique". Certains ont une idée précise de ce qu'ils veulent, d'autres non. Elle pensait que le contact ne serait pas forcément nécessaire, que l'on pourrait lui envoyer les cassettes et photos par la Poste et qu'elle renverrait son travail sur un DVD personnalisé. Erreur. "Les gens ont besoin de voir à qui ils vont confier leurs souvenirs, de me faire entrer dans leur intimité, de m'expliquer l'importance d'une scène, les liens avec les personnes filmées". Céline écoute, s'imprègne et imagine le film qui répondra aux désirs. Ensuite elle coupe, colle, insère, nettoie les souvenirs. Pour elle, un bon compromis entre l'art et la technique. Pour eux, une trace, une mémoire.
Le prix du "dépoussiérage" |
La société de Céline Burlet, Cibimage, propose plusieurs offres. Chaque film est livré monté sur DVD avec jacquette personnalisée, rushs et album photos en bonus. Pour un film original de moins de 30 min, il vous en coûtera 170 euros et jusqu'à 300 euros pour une vidéo initiale de deux heures. Devis sur demande. (informations sur le site Cibimage) |
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