© AFPC'est la fin d'une longue lutte entre Français et Allemands concernant la nouvelle direction du groupe d'aéronautique et de défense EADS. La crise s'est terminée samedi avec la nomination d'un Allemand à la tête d'Airbus pour la première fois dans l'histoire de l'avionneur européen. Gustav Humbert, actuel numéro deux d'Airbus, a été intronisé aux commandes de l'avionneur européen en remplacement de Noël Forgeard par le conseil d'administration d'EADS -maison-mère d'Airbus avec 80% du capital-, à l'issue d'un bras de fer entamé à l'automne 2004.
La nomination pour cinq ans de Noël Forgeard et Thomas Enders à la co-présidence exécutive d'EADS a été entérinée. Ont aussi été nommés deux directeurs généraux sous la co-présidence exécutive, Jean-Paul Gut et Hans-Peter Ring, comme le réclamaient les Français en contrepartie du choix d'un Allemand pour Airbus. Le Français Fabrice Brégier, patron d'Eurocopter dont le nom avait été avancé un temps pour piloter Airbus, dirigera la division hélicoptères d'EADS, l'Allemand Stefan Zoller, la division Systèmes de défense et de sécurité et le Français François Auque, la division Espace.
Sensibilités françaises
Le ministre de l'Economie Thierry Breton a estimé dans Le Figaro que "les directions sont occupées par ceux qui sont les meilleurs et les plus compétents pour en assumer les fonctions". "Au global, ce système a permis un bon équilibre entre Français et Allemands", a-t-il ajouté. Allemands et Français, à égalité au capital d'EADS avec 30% chacun, n'avaient jusqu'alors pas réussi à s'entendre sur l'équilibre des pouvoirs au sein du groupe. EADS et Airbus s'étaient du coup présentés sans patrons au 46ème salon aéronautique du Bourget, près de Paris.
Comme le scénario d'un Allemand à la tête d'Airbus risque de froisser les sensibilités françaises, son annonce fin juin présente l'avantage d'intervenir après les résultats du référendum en France sur la Constitution européenne et après le remaniement ministériel.
Mais Noël Forgeard, soupçonné d'avoir provoqué l'ire allemande en essayant de s'assurer le contrôle d'Airbus une fois parti pour EADS, gardera quand même un oeil sur l'avionneur. Il présidera le comité d'actionnaires d'Airbus et bénéficiera de la règle du "cross-reporting" en vigueur chez EADS. Selon ce système, un dirigeant allemand d'une filiale d'EADS doit rendre compte hiérarchiquement au co-président exécutif français, et inversement.
Deux dossiers
La réconciliation s'annonce comme l'un des premiers défis des nouveaux dirigeants d'EADS après tant de mois de conflits ouverts au sein d'un groupe jusqu'alors présenté comme un modèle de coopération industrielle en Europe. "Evidemment, une vraie relation de confiance entre nous deux (avec M. Forgeard) doit encore se développer", admettait M. Enders à la mi-juin, avant de se dire "confiant que nous sommes sur le bon chemin".
Quant au nouveau patron d'Airbus, deux dossiers de taille l'attendent. Il devra mener à bien le programme de l'avion géant A380, qui compte actuellement 149 commandes fermes, et superviser le lancement de la phase industrielle de l'A350, destiné à concurrencer le Dreamliner 787 de l'américain Boeing.
(Gustav Humbert le 12 janvier à Paris/AFP PHOTO/MEHDI FEDOUACH)
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