© INTERNEL'Insee publie vendredi une étude passant au crible les effets des 35 heures en France. La radiographie est chiffrée. Il est fort à parier que chacun, selon son idéologie, y trouvera des arguments pour sa chapelle. Ainsi, disent les analystes, sur 2 millions de postes créés sur la période 1998-2002, 350.000 sont au crédit des RTT. 350.000, c'est moins que ce qu'avait affirmé Martine Aubry en février 2004. Auditionnée par la mission parlementaire sur les RTT, l'ex ministre avait alors évoqué "400.000 emplois environ". C'est surtout beaucoup moins que ce qu'espérait le gouvernement socialiste, à l'instauration de la mesure. On tablait alors sur 600.000 à 700.000 emplois.
Pour expliquer cette demi réussite ou ce semi-échec, l'Insee rappelle que la baisse du temps de travail "a finalement été moins importante que ce qui avait été calculé dans les exercices de simulation". Les prévisions étaient établies à 10%, le résultat avoisine plutôt les 5%. En clair, tout le monde n'a pas joué le jeu. 60% des salariés sont concernés. Beaucoup d'entreprises ont eu recours à des astuces en transformant des jours de congé en RTT ou en redéfinissant le temps de travail.
Productivité accrue
Autre point de discorde, à quel prix ces emplois ont-ils été créés ? Pas à celui de la compétitivité, selon l'Insee car les entreprises passées aux 35 heures ont gagné en productivité horaires "d'environ 4% à 5%" : en se restructurant et en bénéficiant d'allègements de cotisations sociales.
Les employés ont eux aussi contribué au maintien de la compétitivité : souvent en fournissant un plus gros effort sur des plages horaires réduites, ensuite en voyant leurs salaires progresser moins rapidement. Quand ces derniers n'étaient pas complètement gelés. D'où cette remarque de l'Insee pour certaines catégories de salariés : "l'intensification du travail et l'exigence accrue de polyvalence vont de pair avec le sentiment d'une dégradation des conditions de travail". Globalement, toutefois, indique l'Insee, le sentiment dominant est celui d'"une amélioration de la vie quotidienne" (59%), plus marqué chez les cadres que chez les ouvriers et les employés.
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