© DRtf1.fr : Une OPA (Offre publique d'achat) de Pepsico sur Danone vous semble-t-elle plausible ?
Gérard Augustin-Normand * : Je pense que la rumeur a été savamment organisée par Danone et les pouvoirs publics français afin de rendre une OPA plus difficile et de constituer un socle d'actionnaires institutionnels français solide autour de Danone. C'est selon moi de l'intox avec au départ une prétendue fuite dans le magazine Challenge qui affirmait que Pepsico avait pris 3% du capital de Danone. Les politiques se sont ensuite saisis de la rumeur : Patrick Ollier, député UMP et président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale a fait part de son inquiétude. Or, Patrick Ollier est un proche de Michèle Alliot-Marie et de Jacques Chirac. Ensuite, Borloo et Villepin sont montés au créneau ; ce n'est pas une coïncidence, tout cela a été organisé.
tf1.fr : Quel serait l'intérêt de l'Etat français de relayer une fausse rumeur ?
Gérard Augustin-Normand : C'est très à la mode d'agiter le chiffon du vilain investisseur étranger. Ca a été le cas l'an dernier avec Aventis que le gouvernement français a "sauvé des griffes" de l'affreux Novartis en affichant clairement sa préférence pour Sanofi ou encore avec le rapprochement de la Sagem et de la Snecma qui peut être considérée comme une sorte de nationalisation déguisée. Il y a en ce moment en France une paranoïa autour de l'intelligence économique -un " monsieur intelligence économique " a d'ailleurs été nommé en 2004- et d'une spoliation du patrimoine français.
tf1.fr : Danone, c'est "La" multinationale française par excellence...
Gérard Augustin-Normand : Oui, mais il n'est pas sûr que Danone soit davantage garant de la pérennité des emplois ou de la sécurité alimentaire que Pepsi ou Nestlé. C'est aussi pour cette raison que tout paraît trop bien orchestré : Danone et Pepsi sont des symboles, celui d'une industrie française puissante pour le premier, et ce que les Français détestent pour le second, la malbouffe, le capitalisme américain... En revanche, tout le monde se réjouit de l'OPA du français Pernod-Ricard sur Allied-Domecq, des avancées d'EDF en Italie ou de France Télécom en Espagne. Il y a d'un côté un impérialisme français et de l'autre un protectionisme inquiétant.
tf1.fr : Quel serait l'intérêt de Danone dans cette menace d'OPA ?
Gérard Augustin-Normand : Je ne veux pas parler de l'intérêt personnel de Franck Riboud (PDG de Danone, ndlr) même si celui-ci a de très nombreux stock-options et qu'il pourrait profiter d'une valorisation de capital. Mais à force de l'entendre dire depuis plusieurs mois que Danone était une proie potentielle, on pouvait se demander s'il ne le souhaitait pas. Faire augmenter le cours de l'action comme ces derniers jours permet donc d'éloigner la menace. Je ne serais pas étonné si l'on découvrait dans les prochains jours que plusieurs opérateurs institutionnels français ont renforcé leur position au capital de Danone pour constituer un noyau dur. Je pense notamment à la CDC (Caisse des Dépôts et Consignations), à Eurazéo (qui détient déjà 3,66%, ndlr) ou au Crédit Agricole.
tf1.fr : Vous ne croyez donc pas du tout à une offre de Pepsico ?
Gérard Augustin-Normand : On dit que Pepsi n'a pas démenti la rumeur mais c'est faux, Pepsi a nié détenir 3% du capital de Danone. Il faut faire attention aux conclusions hâtives : si Pepsi déclarait ne pas vouloir lancer d'OPA sur Danone, la réglementation américaine l'empêcherait de changer d'avis pendant une période de 18 mois. Or, Pepsi a toujours eu un œil sur Danone mais sans doute pas à ce cours de bourse. Je pense que Pepsico a été instrumentalisé.
tf1.fr : Orchestrer et alimenter de fausses rumeurs peut-il être illégal ?
Gérard Augustin-Normand : Ce n'est pas vraiment illégal, sauf si une enquête montrait que cela a été l'occasion pour quelques acteurs bien informés de tirer bénéfice de ces mouvements de cours. Cela pourrait alors relever du délit d'initiés.
*Gérard Augustin-Normand est le président de Richelieu Finance, société de Gestion privée
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