© LCILa présidence du "baron", héritier de la dynastie industrielle des Wendel, débute en décembre 1997 dans un contexte de crise. Quelques semaines plus tôt, son prédécesseur, le patron du Conseil national du patronat français (CNPF), Jean Gandois, démissionne brutalement estimant avoir été "berné" par le Premier ministre socialiste d'alors, Lionel Jospin, qui a annoncé qu'une loi fixerait la durée du travail à 35 heures. Gandois appelle de ses voeux l'arrivée d'un "tueur" pour lui succéder. Ce sera Ernest-Antoine Seillière.
Le patron de Wendel Investissement entreprend de "dépoussiérer" le CNPF, organisation très hiérarchisée et dominée par la toute puissante Union métallurgique (UIMM). Rebaptisé en octobre 1998, le Mouvement des entreprises de France (Medef) donne une place accrue aux structures territoriales. La mue s'achèvera en juillet 2003 avec l'abandon du siège historique de l'avenue Pierre 1er de Serbie pour des locaux ultra-modernes avenue Bosquet.
Avec la CFDT...
Deux époques marquent la "présidence Seillière". D'abord la "refondation sociale", qui vise à rendre le champ d'intervention des partenaires sociaux dans la construction des règles sociales, menée avec son numéro deux Denis Kessler, universitaire de gauche converti au libéralisme. Le patron du Medef prend alors "pour interlocuteur principal la CFDT dirigée par Nicole Notat. Sur huit "chantiers", cinq donneront lieu à des accords ou à des déclarations communes : assurance-chômage, retraites, santé au travail, dialogue social, formation professionnelle.
En réalité, l'objectif ultime de Seillière est de faire des branches professionnelles ou, mieux, de chaque entreprise le siège de la négociation entre employeurs et salariés. Conséquence : il souhaite moins d'Etat, moins de syndicats nationaux, moins de… Medef. Les syndicats y voient, eux, une volonté de diviser pour mieux régner.
... puis sans elle
Changement de cap en 2002, lorsque la droite revient au pouvoir. Kessler quitte l'organisation et Seillière fait volte-face, "abandonnant l'hymne au lien contractuel pour endosser le costume du lobbyiste", et exiger du gouvernement qu'il légifère pour réaliser les "réformes" nécessaires. Cette deuxième période se caractérise par une "affirmation forte des principes patronaux et un durcissement des relations avec les syndicats".
Malgré les piques lancées au gouvernement de "ce pauvre M. Raffarin", cette stratégie porte ses fruits: après les réformes des retraites, de l'assurance-chômage, de l'assurance-maladie, que le Medef avait appelées de ses voeux, viendront, en décembre 2004, les assouplissements tant attendus des 35 heures. Si tous reconnaissent au baron d'avoir osé dire "ce que beaucoup pensaient tout bas", certains regrettent que son profil d'aristocrate, d'énarque parisien, parfois hautain, ait abouti à "caricaturer" les patrons et l'entreprise.
(Image d'arhcive LCI)
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