Le sucre européen ne veut pas être édulcoré

Par , le 18 juillet 2005 à 15h59 , mis à jour le 19 juillet 2005 à 10h16

Les planteurs de betterave européens ont manifesté lundi à Bruxelles contre une réforme qui vise à baisser le prix du sucre et la production de 40%. Selon le président des betteraviers français, "tout le monde va souffrir".

Betteraves sucrières Calvados sucre © DR

Plusieurs milliers de producteurs de betteraves ont manifesté ce lundi à Bruxelles pour protester contre la réforme de l’Organisation commune de marché (OCM) du sucre au moment même où cette proposition passait devant le conseil des ministres européens de l'Agriculture. A l'issue du conseil, la commissaire européen à l'Agriculture a affirmé que la réforme devait aboutir avant la conférence ministérielle de l'OMC à Hong-Kong en décembre.

Pour les non initiés, la betterave est au sucre ce que la chenille est au papillon. Or, fin juin, la commissaire europénne, Mariann Fischer Boel, a mis les pieds dans le plat. Elle a fait adopter une proposition de réforme afin de réduire la production européenne de sucre. Elle répond ainsi aux injonctions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a jugé illégales les aides européennes aux producteurs. En effet, l’Europe soutient massivement ce secteur en garantissant un prix plancher de la tonne de sucre aux exploitants de betteraves pour une partie de leur production. Cette aide leur permet d’écouler une partie de leur culture à un cours presque trois fois supérieur à celui du marché mondial et ne les incite pas à réduire leurs volumes alors qu’ils sont en situation de surproduction.

Les chiffres
(en France par an)

  • 31 millions de tonnes de betteraves
  • 4 millions de tonnes de sucre
  • 30 000 planteurs

Mariann Fischer Boel a proposé de réduire de 40% la production européenne de sucre et de baisser également les prix de 40%. La France serait concernée au premier chef puisqu’elle est le premier producteur communautaire avec environ 4 millions de tonnes en 2004 dont 1,8 million pour le marché extérieur. Si la proposition de la commissaire est adopté à l’automne, le prix garanti diminuera de 40% d’ici 2009. Parallèlement, les planteurs de betterave seront incités à baisser leur production avec une indemnité de 730 euros par tonne de sucre non produite la première année de la mise en œuvre de la réforme. Ces aides seront dégressives les années suivantes.

Les planteurs de betterave européens admettent la nécessité d’une réforme mais demandent un aménagement en souplesse de celle-ci. Tf1.fr a interrogé le président de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB) qui défilait lundi à Bruxelles.

tf1.fr : Pourquoi les betteraviers français ont-ils défilé lundi à Bruxelles ?

Dominique Ducroquet : Nous n’avons pas manifesté contre la réforme proposée le 22 juin dernier mais pour la corriger alors que les ministres européens de l’Agriculture se rencontraient pour en discuter. Nous savons qu’une réforme est nécessaire, nous ne la contestons pas mais nous voulons la modifier sur trois points. Tout d’abord, les baisses de pris prévues sont de l’ordre de 50% compensées seulement à 50%. Cela correspond donc à une perte de revenus de 25% pour les betteraviers et ce n’est pas acceptable. Deuxièmement, l’Europe n’a rien prévu pour contrôler les importations. Or, s’il est important de contrôler les productions européennes, il est tout aussi important de quantifier les importations sinon cela va profiter à la production brésilienne plutôt qu’aux petits pays producteurs comme le souhaite l’UE. Enfin, nous voulons pouvoir garder la possibilité d’exporter. Aujourd’hui, nous exportons environ 5 millions de tonnes de sucre par an. Avec la réforme nous n’en exporterions qu’un peu plus d’un million.

tf1.fr : Les producteurs français semblent toutefois moins menacés que leurs homologues européens car ils sont plus productifs et pratiquent déjà des prix plus bas.

Dominique Ducroquet : Effectivement, quand on est le premier de la classe, on a plus de chances de réussir les examens mais il ne faut pas se leurrer, tout le monde va souffrir. La France produit 4 millions de tonnes de sucre par an et près de la moitié de la production est vendue à l’étranger, sur le marché européen et international. Si les prix baissent, tous les producteurs accuseront le coup.

tf1.fr : Réorienter la production de betterave vers l’énergie propre c’est-à-dire l’éthanol plutôt que vers le sucre peut-il être une solution pour les betteraviers français ?

Dominique Ducroquet : Oui, il faut l’envisager. Avec un baril de fioul à 62 dollars, j’espère bien que le gouvernement français va davantage s’engager sur la production d’éthanol via la distillation de betterave. (Sur une production de 31 millions de tonnes de betteraves par an, 700 à 800 000 tonnes servent à la production d’éthanol aujourd’hui. Or, 100 000 tonnes d’éthanol sont produites par an en France pour le moment alors que le gouvernement table sur 1,25 million en 2007, ndlr).

Une réforme contre-productive ?

Un des objectifs de cette proposition de réforme est de permettre un accès au marché européens pour les pays les moins avancés. Mais la pilule risque d'être amère pour les 18 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui ont un accord particulier avec l'Union européenne. Ceux-ci peuvent vendre 1,3 million de tonnes de sucre à 523 euros la tonne. Si la réforme voit le jour, ce prix descendra à 303 euros. Bruxelles a prévu de leur accorder 40 millions d'euros en 2006 pour les aider à s'adapter. Pour certains pays, comme la Guyana où la production de sucre fait vivre une personne sur cinq, l'adaptation risque d'être brutale. 

Photo : Betteraves sucrières dans le Calvados

Par Sophie Lutrand le 18 juillet 2005 à 15:59
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9 Commentaires

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  • François, le 20/07/2005 à 10h39

    Il faut savoir que cela fait suite à une "casse" systématique depuis quelques années de la filière sucre. De nombreuses sucreries ont été fermés ces dernières années, "grace" aux demandes de Bruxelles... Les employés (permanents et saisoniers) n'ont pas eu droit à des subventions, eux ! En plus, en réduisant le nombre de sucrerie, le transport est devenu plus contraignant (plus loin, toujours plus vite) et il est étonant qu'il n'y ait pas plus d'accidents grave pendant la saison, surtout quand les camions roulent à vide, sans réglage des suspensions, "rentabilité du voyage oblige"... Je crois aussi qu'il aurait fallu envisager une orientation énergétique de la filière pour ne pas se retrouver aujourd'hui avec des employés qui se damandent si leur sucrerie sera la prochaine ou pas dans des régions où il y a peu de boulot pour des ouvriers (Seine-et-Marne, Loiret pour ceux que je connais) Et bizarrement, on n'en cause que lorsque la production -agricole- doit baisser...

  • Patrice, le 19/07/2005 à 19h01

    Jean, Los Angeles : où avez-vous vu qu'on a voté contre l'Europe ? Moi, j'ai voté Non, mais pour l'Europe. Et je suis bien entendu en faveur des subventions, à condition bien sûr qu'elles soient adéquates. Alors, qu'on subventionne les filières des carburants propres. C'est écologique et ça diminue la dépendance de l'Europe vis-à-vis du pétrole.

  • Nicolas, le 19/07/2005 à 17h17

    Merci a Lohey pour l'information sur la Stevia. Tres interessant, et la facon dont les autorités américaines avaient banni la Stevia a la demande d'un fabricant d'aspartame est édifiante. Il n'y a pas qu'en France que le gouvernement se fiche du monde.

  • Xx, le 19/07/2005 à 10h38

    Ce sont des financiers qui ont des intérets, plus ils baisseront les couts de revient, plus ils feront des profits pour le compte des actionnaires, toutes nos industries sont soit affaiblies ou rachete pour etre delocalisé, la situation du chomage va encore s'aggrave, le gouvernement ne fait rien, par contre les chomeur il va falloir qu'il paye, c'est lui qui est responsable de cette situation et qui nous protege pas, forcement ce sont les premiers intéressé par les profits generés par cette sociétés, vu l'appat du gain, ils se foutent bien des francais.

  • Rfd, le 19/07/2005 à 09h03

    Puisqu'il faut payer et subventionner pourquoi ne fait t'on pas du carburant bio à la place de la beterrave , ça servirait au moins a quelque chose et eviterait de briser des pans entier de l'économie.

  • Lohey, le 19/07/2005 à 08h58

    Il existe la Stevia, une plante naturellement édulcorante qui est interdite en france, soit disant pour des raisons de santé, alors qu'elle est consommé au japon et en amérique du sud depuis toujours. Cette plante a un pouvoir sucrant supérieur au sucre rafiné et sans inconvénient puisque non colorique. Les solutions existent, naturelles, écologiques, pas chers. Juste que c'est pas l'intérêt de certains lobying ! Il est grand temps que le gouvernemnet cesse, soit disant pour notre sécurité ou notre santé, de nous imposer des solutions polluantes, anti-santé et qui nous coûtent un maximum de fric !

  • Jean, le 19/07/2005 à 04h39

    Nous avons vote contre l'Europe, pourquoi courrons nous maintenant apres les subventions Europeennes??? Decidement les Francais ont bien appris la lecon de 1981: on denigre le systeme, mais sans lui on ne sait pas bouffer (a l'epoque c'etait on va se faire les riches, mais maintenant qu'ils sont en Suisse, on mange des cailloux).

  • Silonac, le 18/07/2005 à 18h27

    Si j'ai bien compris, les européens sont conscients que le système est vicié, et une réforme est necessaire mais pratiquement ils ne veulent pas perdre d'argent. La réforme est juste par rapport au pays pauvre, mais si elle est appliquée ces meme pays vont eux aussi perdre de l'argent ??? ben la je ne comprend plus.........

  • Chris, le 18/07/2005 à 17h17

    En même temps, on vient de nous annoncer que l'aspartame était cancerigène chez les rats (logiquement, on imagine donc que nos petits corps d'humains ne sont pas entièrement d'accord avec ce produit non plus). Je comprend bien que le combat n'est pas le même (santé, emploi), mais peut-être qu'en baissant le prix du sucre on cessera un jour de nous faire ingurgiter des produits chimiques (l'aspartame) dans tout les produits ne serait-ce qu'un peu sucré... (aspartame moins cher, plus sucrant, plus economique). Enfin bon, la santé du consommateur n'a jamais été bon pour l'économie ni pour l'emploi.

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