© DRPlusieurs milliers de producteurs de betteraves ont manifesté ce lundi à Bruxelles pour protester contre la réforme de l’Organisation commune de marché (OCM) du sucre au moment même où cette proposition passait devant le conseil des ministres européens de l'Agriculture. A l'issue du conseil, la commissaire européen à l'Agriculture a affirmé que la réforme devait aboutir avant la conférence ministérielle de l'OMC à Hong-Kong en décembre.
Pour les non initiés, la betterave est au sucre ce que la chenille est au papillon. Or, fin juin, la commissaire europénne, Mariann Fischer Boel, a mis les pieds dans le plat. Elle a fait adopter une proposition de réforme afin de réduire la production européenne de sucre. Elle répond ainsi aux injonctions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a jugé illégales les aides européennes aux producteurs. En effet, l’Europe soutient massivement ce secteur en garantissant un prix plancher de la tonne de sucre aux exploitants de betteraves pour une partie de leur production. Cette aide leur permet d’écouler une partie de leur culture à un cours presque trois fois supérieur à celui du marché mondial et ne les incite pas à réduire leurs volumes alors qu’ils sont en situation de surproduction.
Les chiffres
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Les planteurs de betterave européens admettent la nécessité d’une réforme mais demandent un aménagement en souplesse de celle-ci. Tf1.fr a interrogé le président de la Confédération générale des planteurs de betterave (CGB) qui défilait lundi à Bruxelles.
tf1.fr : Pourquoi les betteraviers français ont-ils défilé lundi à Bruxelles ?
Dominique Ducroquet : Nous n’avons pas manifesté contre la réforme proposée le 22 juin dernier mais pour la corriger alors que les ministres européens de l’Agriculture se rencontraient pour en discuter. Nous savons qu’une réforme est nécessaire, nous ne la contestons pas mais nous voulons la modifier sur trois points. Tout d’abord, les baisses de pris prévues sont de l’ordre de 50% compensées seulement à 50%. Cela correspond donc à une perte de revenus de 25% pour les betteraviers et ce n’est pas acceptable. Deuxièmement, l’Europe n’a rien prévu pour contrôler les importations. Or, s’il est important de contrôler les productions européennes, il est tout aussi important de quantifier les importations sinon cela va profiter à la production brésilienne plutôt qu’aux petits pays producteurs comme le souhaite l’UE. Enfin, nous voulons pouvoir garder la possibilité d’exporter. Aujourd’hui, nous exportons environ 5 millions de tonnes de sucre par an. Avec la réforme nous n’en exporterions qu’un peu plus d’un million.
tf1.fr : Les producteurs français semblent toutefois moins menacés que leurs homologues européens car ils sont plus productifs et pratiquent déjà des prix plus bas.
Dominique Ducroquet : Effectivement, quand on est le premier de la classe, on a plus de chances de réussir les examens mais il ne faut pas se leurrer, tout le monde va souffrir. La France produit 4 millions de tonnes de sucre par an et près de la moitié de la production est vendue à l’étranger, sur le marché européen et international. Si les prix baissent, tous les producteurs accuseront le coup.
tf1.fr : Réorienter la production de betterave vers l’énergie propre c’est-à-dire l’éthanol plutôt que vers le sucre peut-il être une solution pour les betteraviers français ?
Dominique Ducroquet : Oui, il faut l’envisager. Avec un baril de fioul à 62 dollars, j’espère bien que le gouvernement français va davantage s’engager sur la production d’éthanol via la distillation de betterave. (Sur une production de 31 millions de tonnes de betteraves par an, 700 à 800 000 tonnes servent à la production d’éthanol aujourd’hui. Or, 100 000 tonnes d’éthanol sont produites par an en France pour le moment alors que le gouvernement table sur 1,25 million en 2007, ndlr).
Une réforme contre-productive ? |
Un des objectifs de cette proposition de réforme est de permettre un accès au marché européens pour les pays les moins avancés. Mais la pilule risque d'être amère pour les 18 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique qui ont un accord particulier avec l'Union européenne. Ceux-ci peuvent vendre 1,3 million de tonnes de sucre à 523 euros la tonne. Si la réforme voit le jour, ce prix descendra à 303 euros. Bruxelles a prévu de leur accorder 40 millions d'euros en 2006 pour les aider à s'adapter. Pour certains pays, comme la Guyana où la production de sucre fait vivre une personne sur cinq, l'adaptation risque d'être brutale.
Photo : Betteraves sucrières dans le Calvados
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